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Un magistrat super bien dans ses dossiers du Bergeracois

Justice

Le vice-procureur du tribunal de grande instance de Bergerac Charles Charollois décrit la délinquance à laquelle il est ici confronté, évoque les affaires qui ont une place à part dans sa mémoire et distingue les exercices de son métier, selon la saison.

« Ici, ils ont un ressort spécifique ! Je sais bien que c’est le fantasme du procureur... mais non, à Bergerac, la délinquance n’a pas de profil particulier, elle est celle qu’on trouve partout ailleurs ». Bref, ne comptez pas sur le vice-procureur du tribunal de grande instance de Bergerac Charles Charollois pour trouver, sur son territoire de compétence… espérant en tirer quelque gloire, des « trafiquants de truffes » ou des « trafiquants de vins ». Non, ici aussi, 50% de l’activité globale du parquet est gloutonnée par de la délinquance de routine : conduites en état alcoolique, larcins, petits trafics de stupéfiants... L’autre moitié concerne, comme partout ailleurs également, des violences conjugales, des agressions sexuelles... Alors, oui, on peut constater que des quartiers sont plus sensibles que d’autres, comme La Catte ouNaillac. « Historiquement, la ville a attiré des gens venus d’Afrique du nord car ils venaient travailler à la Poudrerie ou dans les vignes et ils sont restés. Ce sont des gens courageux, travailleurs. Les enfants de ces parents très bien posent des problèmes, en commettant des petits cambriolages, en traficotant des stup’ ». Reste que, fort d’un ancrage de 8 ans au parquet bergeracois, Charles Charollois s’amuse quand il entend dire et redire que « c’est souvent le Bergeracois qui alimente la cour d’assises de Périgueux ». En somme, les crimes de sang seraient forcément perpétrés ici. « Ce n’est pas spécialement vrai… ».

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"Chanceux"

« J’ai eu la chance d’être muté à Bergerac, où j’ai ma vie privée ». Et le vice-procureur se sent si bien ici qu’il n’a pas une seule fois demandé à être muté, en huit ans. « Tous les jours, il y a des affaires intéressantes ! ». Pour le magistrat, chacune d’elles est un sujet, la passion qu’il a pour son métier se régénère au quotidien, sans qu’un Francis Heaulmes s’invite au programme. Des dossiers lui ont laissé de vrais souvenirs dans sa carrière de magistrat bergeracois, même s’il juge singulièrement difficile de sélectionner un échantillon au-dessus du panier. Charles Charollois accepte toutefois de se plier à l’exercice. Il cite alors d’abord l’affaire Alexandre Tuton, qui date de 2012.

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Impressionné

« Il s’agissait d’un jeune homme de 20 à 25 ans, qui avait planté un couteau dans la gorge de sa copine... avant d’arrêter une voiture de police devant le cinéma pour se dénoncer. Il avait écopé de 18 ans à Périgueux, une peine qui a été ramenée à 15 ans en appel à Angoulême. Ce gamin était sans antécédent judiciaire. Cette affaire était poignante car on était face à deux vies de jeunes gens -avec celles de leurs familles- fichues en l’air pour une histoire de séparation qui couvait ». En acceptant de hiérarchiser les affaires qu’il a eues en main, le magistrat démontre que c’est l’émotion alors encaissée qui a impressionné sa mémoire. Il y aussi l’affaire Neil Ludlam, qui remonte à 2009. La sauvagerie dont a témoigné cet employé pour tuer son patron -un ingénieur retraité de chez Total- reste vive dans la tête du vice-procureur. « Il l’a massacré à coups de couteau, il y avait du sang partout… ». Le pénible épilogue d’un « soir de beuverie » dans cette belle propriété de Plaisance. « Son avocat a tenté un vain que l’intention de tuer soit abandonnée, ça ne pouvait pas tenir ». Neil Ludlam avait cherché à fuir en Angleterre, en embarquant dans un avion à Mérignac, direction Londres. «Dans l’heure qui a suivi sa fuite, un mandat d'arrêt international a été délivré et il a été arrêté dès l’atterrissage ». En revanche, il n’y a pas de meurtre dans la 3e affaire marquante du magistrat bergeracois... et... il n’a pas eu à s’y atteler. C’est parce qu’elle appartient à l’histoire du palais de justice de Bergerac qu’il en fait état. Aujourd’hui, l’affaire passerait peut-être plus inaperçue, au demeurant. Mais en 2011, Zouzou le renard enflamme littéralement l’opinion, et des medias locaux le bombardent à la Une. C’est que son propriétaire Didier Delanes s’emploie à la chauffer. Cet habitant de Gardonne ne possède pas de « capacité » pour garder l’animal à son domicile. « Il y a eu des tee-shirts siglés Zouzou, le fiston du propriétaire a eu la charge de mobiliser son école...». C’est alors le procureur Jean-Luc Gadaud qui traite l’affaire Zouzou. « Il a reçu des menaces de mort ! ». Finalement, le magistrat sera... désavoué puisque le préfet finira par autoriser Zouzou à rester chez son propriétaire.

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Avec des si

« Y a-t-il une affaire qu’il m’aurait plu d’avoir en main ? ». Le magistrat… est un magistrat, les histoires avec des si, il s’en méfie. Encore une fois, il veut bien tenter de répondre. A peine l’a-t-il annoncé, qu’il évoque l’affaire Grégory. « Ça s’est passé dans un village rural… ». Repère-t-il dans ce cold case aux dégâts collatéraux multiples (et longtemps : le juge Jean-Michel Lambert s'est donné la mort le 11 juillet 2018) des terres qui ressemblent au paysage des terres sur lesquelles il travaille ? Se souvient-il du fiasco judiciaire qui lui est associé ?  « C’est difficile de rattraper une affaire mal engagée… ». De quoi, au passage, le renvoyer, sur le Bergeracois, à l’affaire Emmanuel Bouscaillou, jugée en février dernier. Mais la mémoire du vice-procureur trébuche. S’il se souvient du « travail décisif de l’IRCGN-pour institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale », qui a rattrapé un dossier qui s’ouvrait sur une simple disparition inquiétante, en retrouvant une trace d’ADN du suspect sur une verre que ses lèvres avaient effleuré, il croit se souvenir que le corps de « la comtesse » a été découvert… « enfoui sous une piscine », après avoir séjourné dans une grange. Bref, cette affaire à la Dupont de Ligonnès ne fait que peut-être que servir de chapitre véhiculaire au vice-procureur. Qui sait si, en réalité, il ne tient pas déjà le cas auquel il se serait volontiers intéressé. Car cette fois, il l’a trouvé. « L’affaire de ce professeur de droit de Toulouse, Jacques Viguier, que tant d’indices désignent coupable du meurtre de son épouse, quoique son corps n’ait jamais été retrouvé… ça, c’est un dossier qui m’aurait passionné… ». Un cas malin, dans lequel le faisceau d’indices concordants n’arrive pas à faire l’once d’une preuve. Le téléphone sonne une nième fois. Charles Charollois assure la permanence du parquet. Merci de ne pas imaginer que l’été la rend cool. « Certes, on a plus de temps car c’est globalement plus calme et, avec mon assistante, on fait descendre les piles des dossiers entreposés : il n’y a pas d’audience ». Alors, oui, malgré l’incessant cortège des appels téléphoniques, être un parquetier en été n’est pas être un parquetier en hiver, quand, cette fois, il faut faire avec un agenda qui prévoit une audience par semaine. En somme, en été, les serviteurs de la justice ne font que changer de peine.

Fabienne Ausserre