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Prendre soin de ceux qui soignent ?

Santé publique

Au centre hospitalier de Brive comme ailleurs en France, la situation est tendue en matière de personnel. Le syndicat CGT alerte sur plusieurs services en manque d’effectif et dénonce un manque d’anticipation de la part de la direction.

La stratégie nationale «Prendre soin de ceux qui soignent», voulue en 2016 par Marisol Touraine, ex-ministre des Affaires sociales et de la Santé, induite par les réformes hospitalière successives, semble se prendre le mur des réalités. Ces dernières années, les établissements hospitaliers sont au cœur de multiples problématiques sociétales : vieillissement de la population, augmentation des maladies chroniques, une patientèle de plus en plus exigeante, un manque de personnel accru, une répartition géographique déséquilibrée des médecins généralistes, un contexte politique qui oblige à des restrictions budgétaires. Une situation qui pèse sur les épaules des équipes soignantes et administratives qui subissent une pression grandissante. À l’échelle locale, les conséquences sont parfois effarantes à l’instar des urgences de l’hôpital de Lons le Saunier dans le Jura où 70% du personnel est en arrêt maladie. Infirmières et aides-soignants se sont vus réquisitionnés sur ordre de la préfecture*.

De l’urgence aux Urgences

À Brive, si des ordres de réquisition ont été émis, ce fut à l’attention de médecins généralistes pour compléter «les jours blancs du
tableau de garde» mentionne Marcel Lewin, président de l’ordre des médecins. Il participe aux pourparlers entre les acteurs de la Santé publique et les médecins libéraux sur la mise en place d’une future maison médicale au sein des Urgences de Brive en mesure de répondre aux besoins des malades et de pallier au manque de médecins. Une discussion actuellement suspendue du fait de la vacance de la direction du centre hospitalier. «Les Urgences sont à plus de 100 passages par jour. Il ressort que 50% des patients ne relèvent pas du plateau technique de l’hôpital» affirme Marcel Lewin.
La situation des Urgences du CH de Brive n’a certes pas atteint le paroxysme jurassien mais elle reste sur le fil, comme beaucoup de services tels que l’unité médico-chirurgical polyvalente en mal de personnel qualifié, le service de gérontologie ferme 10 lits à partir de vendredi et jusque fin juillet  ; l’hémodialyse privé de quatre infirmières parties en formation qui oblige à fermer deux box soit huit patients pris en charge ailleurs. Des faits que déplorent les délégués syndicaux CGT, Victor Texeira et Pierre Leymarie : «Pour rester à l’équilibre budgétaire, on travaille à flux tendu.
Aujourd’hui, les hôpitaux craquent de partout. Il y a de plus en plus de patients et on fait toujours à moyen constant au niveau du personnel».  
Le week-end de l’Ascension a vu une affluence record aux Urgences. «Nous avons enregistré 144 passages/24h pour 38 personnes hospitalisées in fine, contre 100 à 110 passages/24h à l’ordinaire» indique Michel Da Cunha, directeur adjoint du centre hospitalier de Brive, pour qui la problématique relève avant tout des difficultés de recrutement et de l’engorgement des Urgences. «À l’heure actuelle et jusqu’à octobre 2019, nos besoins en recrutement représentent 20 postes d’IDE qui seront embauchées en CDI et une vingtaine d’aides-soignants» indique-t-il.
La direction est en attente de futurs candidats fraîchement diplômés des instituts de formation.  Une option que les cégétistes estiment de courte vue qui ne résoudra pas l’absentéisme dû aux pathologies et aux épuisements professionnels croissants du personnel. «Il y a un manque d’anticipation de la part de la direction. Il faut savoir qu’une infirmière pour qu’elle soit autonome, il lui faut 6 semaines de formation et 1 an pour pouvoir prendre des astreintes. Quand il en manque une, c’est compliqué mais on peut y arriver. Deux, c’est difficile. Trois voire quatre, ça devient impossible et donc, on tire sur les jours de repos des présents» défend Victor Texeira.
Il en ressort des conditions de travail de plus en plus dégradées et des comptes épargne temps (CET) qui, selon la CGT, plafonnent à leur maximum de 60 jours, selon la direction, «sur les 220 infirmières qui ont ouvert un CET, la moyenne est de 5 jours et 7,5 jours pour le personnel non-médical».
Pour rendre son centre hospitalier plus attractif au yeux des soignants et face à la concurrence entre les établissements, la direction prévoit «une mise en stagiairisation plus rapide. On essaie d’être attractif en respectant un équilibre global» assure Michel Da Cunha.
De son côté, la CGT souhaite voir la constitution d’un «pool de remplacement avec des spécialistes sur l’ensemble de l’établissement, du médecin à l’aide-soignant».

Sabine Parisot

*Des faits rapportés par Caroline Coq-Chodorge pour le journal Médiapart.

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