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19:05 Je ne suis (je n'étais) que lecteur et je n'ai aucune information mais l'expressio… https://t.co/I8fLtcLSAR

Un maître-mot : rassembler

Portrait

Mardi soir la fédération du parti communiste français, (PCF), fêtait les 90 ans de Madeleine Alvarez, en présence de ses plus proches camarades. Depuis ses 20 ans, elle est adhérente sans discontinuer du PCF, alors qu’elle était déjà encartée à la CGT. Son militantisme reste intact.

Madeleine n’est pas née dans la soie, et la vie ne l’a pas épargnée. Née d’un père cheminot et d’une mère au foyer, elle aura la douleur de perdre celle-ci alors qu’elle n’avait que deux ans.
C’est à Dreux (28), qu’elle a vu le jour le 12 août 1929. Mais très rapidement, au décès de sa mère, elle est confiée à ses grands-parents paternels qui vivaient en Normandie, à proximité de la Ferté-Macé. Lui était couvreur, et elle effectuait des raccommodages à domicile. Elle y restera jusqu’à ce que sa soeur, qui vivait alors à Paris, ne la fasse venir pour travailler au sein du comité d’entreprise d’Alsthom, où elle restera jusqu’en 1959. La grève des mineurs de 1948, avec la répression impitoyable qui s’en est suivie a marqué le début de son engagement politique. « La grève s’est étendue à la population, à l’ensemble des salariés » se souvient-elle. Pour soutenir les mineurs en grève, il a été demandé aux familles de garder leurs enfants. « Ce fut un moment de solidarité incroyable. J’étais déjà à la CGT, et là je suis entrée au Parti ». Ses engagements, elle ne les a jamais reniés. Après Alsthom, elle est devenue adjointe au maire en charge des affaires sociales à la municipalité de Saint-Ouen, dont le premier magistrat était Fernand Lefort, communiste également. Elle s’occupait de la petite enfance, des crèches, garderies et colonies de vacances,
« mais pas des écoles » précise-t-elle.
Durant cette période, elle se mariera et aura une fille, Catherine, avant de divorcer. C’est en 1983 qu’elle s’installe en Dordogne, avec son second mari, José, qui lui a donné une fille, Carmen, et qui malheureusement s’est éteint en 1991. « Nous avons tout de suite été coopté par la fédération du PCF de Dordogne. J’y ai travaillé comme permanente jusqu’à ma retraite, en 1989 ». Depuis sa cessation d’activité, elle continue bénévolement à prêter main forte pour les mises sous pli, avec son inséparable amie Suzy Lachaux, qu’elle a rencontrée lors des réunions de la section du grand Périgueux, sous la houlette de Max Passerieux, ancien conseiller municipal de Périgueux, qui ne pouvait qu’honorer de sa présence la fête concoctée par la fédé pour cette militante inlassable. Julien Chouet, secrétaire départemental du PCF périgourdin, soulignait en riant que lors de ces mises sous pli, « nous n’avons pas besoin de mettre la radio, elles assurent l’animation, dans une bonne humeur débordante ». Bien sûr, elle a été très touchée en découvrant la réalité de l’Union soviétique, mais son idéal est resté intact. « Quand je vois l’état de la société aujourd'hui, après nos espérances de la Libération, ça ne m’inspire qu’un sentiment : continuer à me battre. Bien sûr j’ai des interrogations, des doutes, mais aussi beaucoup de convictions ». Le terme dans lequel elle se retrouve le mieux est, « rassembler. Rassembler autour d’un projet, d’une idée, d’une façon d’envisager la société. On ne le fera pas tout seul. Il faut s’y lancer, avec tous ceux qui sont dans une démarche humaine, et de valeurs pour une société fonctionnant autrement ». Et elle en est persuadée, le changement ne peut venir que de la base. « Il n’y a que la population ouvrière, employée, du monde du travail, qui peut faire changer les choses, avec des aspirations à une société plus juste, qui ne soit dominée par personne. Mais ils doivent s’engager dans  un choix de société répondant à leurs attentes et besoins ». Elle a eu l’heureuse surprise, lors de la petite fête organisée par la fédération périgourdine du PCF en son siège de Périgueux, à l’espace Aragon, de constater la présence de personnes chères à son coeur, les Passerieux, les Salon, Nathalie Fabre, maire de Montferrand-du-Périgord, les Folgado/Le-Vacon, les Lachaux bien sûr, Andrée Zdrojower..., sans oublier les responsables départementaux actuels que sont Julien Chouet et Benjamin Régonési, dont Madeleine disait lors de sa toute petite allocution qui démontre mieux que tout sa légendaire discrétion, « je suis heureuse qu’ils soient à la tête de notre belle fédération de la Dordogne ». Max Passerieux, en tant que son ancien secrétaire de section, rappelait les années passées à travailler, réfléchir, construire, toujours en vue d’un monde où chaque être humain trouve sa place, dans la solidarité et l’entraide.

Les Gorse, Lichtenberg...
A 90 ans, celle que tout le monde appelle affectueusement Mado possède une vitalité que lui envieraient nombre de ses cadets. Sa bonne humeur n’a d’égale que son implication politique et sociale, et malgré le poids des ans, elle est toujours présente quand il s’agit de défendre les droits humains. Elle porte aussi dans son coeur le souvenir de ses camarades de lutte, qui se sont éteints au fil des ans : Roger et Raymonde Gorse, Lily et Léon Lichtenberg, Rodrigue, Huguette Fochesatto, Christiane Péron, la femme d’Yves... Lors des quelques mots qu’elle a prononcés à l’occasion de son anniversaire, elle n’a pas manqué de souligner : « ça fait 70 ans que j’ai eu ma première carte du parti. J’avais 20 ans. Au cours de toutes ces années, j’ai eu comme certains d’entre vous des interrogations, mais tellement de certitudes ! Je savais que c’était là mon chemin et que je m’y tiendrai ».  

Etre élevée par une maman comme ça
Madeleine Alvarèz a donc eu deux filles, Catherine et Carmen, qui lui ont donné cinq petits enfants. Pour Carmen, sa seconde fille, « être élevée par une maman comme ça c’est nourrissant, plein d’énergie et de vitalité, de curiosité, d’engagement... Ce sont de bons ingrédients qui se transmettent, des leçons de non-résigna-tion ». Madeleine, au sein de la fédé, aura travaillé avec trois secrétaire départementaux, Roger Gorse, Jean-Paul Salon et Laurent Péréa.