Toujours « Charlie » un an après

Presse

Les attentats de janvier 2015, elles s’en souviendront encore longtemps.
Un an après, trois jeunes filles de dix-sept ans, Jeanne, Marion et Oriane, élèves en terminale au lycée Jean Giraudoux à Châteauroux témoignent. « C’est le premier événement fort que l’on a vécu » résume Jeanne. Elle avait appris la nouvelle en rentrant chez elle le midi. « Je me disais, ce n’est pas possible, ce genre de choses, ça ne peut pas arriver en France. » Oriane, non plus, au début, n’y a pas cru : « quand je sors de cours, mon premier réflexe est de rallumer mon téléphone et de consulter le fil d’infos. Il y a souvent des infos qui sont fausses. Je suis rentrée, j’ai allumé la télé et là j’ai su que c’était vrai. » Interne au lycée, Marion ne l’a appris que le soir par un coup de fil de ses parents. « Personne ne nous avait rien dit » regrette-t-elle.
Le rôle des enseignants
Le jeudi matin, elles ont apprécié de pouvoir en parler avec leurs enseignants. « On voyait qu’eux aussi, ils étaient touchés. Il n’y avait pas que nous qui nous sentions concernés. Qu’ils en parlent avec nous, ça signifiait qu’à leurs yeux on était aptes à écouter » souligne Jeanne. « Je ne connaissais pas Charlie Hebdo, je ne comprenais pas ce qui se passait, reconnaît Marion, mais ça m’a touché car c’était une atteinte à la liberté d’expression. Tout le monde au lycée ne parlait que de ça. Nos professeurs nous ont éclairés ». Elles en ont aussi parlé à la maison : « quand on ne comprend pas quelque chose, on a besoin d’en parler avec des adultes » ajoute-t-elle.
Jeanne et Oriane, elles, connaissaient le journal satirique. « Mon père l’achète. Je le voyais souvent à la maison. Je regardais le dessin de une mais je ne le lisais pas » raconte la première. « Moi, je voyais souvent des dessins qui étaient repris à la télévision ou sur les réseaux sociaux mais je ne pensais pas à l’acheter parce que je me disais que ce n’était pas pour moi. Maintenant, je l’achète souvent, leurs textes me font réfléchir » confie Oriane.
« Je suis Charlie », ça voulait dire quoi pour elles ? « C’était un message de soutien » résume Jeanne. Pour Marion, « C’était montrer qu’on était tous ensemble » et pour Oriane « ça dépassait le journal en lui-même, c’était avant tout un message de solidarité ».
Être Charlie, c’était aussi de petits gestes simples comme Marion qui était allée seule accrocher un dessin et déposer une bougie au pied du beffroi à Issoudun.
Au lycée, ce premier anniversaire est passé presque inaperçu. Le sujet n’a pas été évoqué en classe. « Jeudi midi, on aurait pu faire une minute de silence dans la cour quand on est tous réuni mais on n’y a pas pensé » admet Jeanne.
Ce qui a changé
Au-delà de l’émotion forte suscitée sur le moment, les attentats de janvier ont eu des répercussions sur leurs vies. « Ça nous a donné plus envie de lire des journaux » disent-elles. « J’essaye de suivre davantage l’actualité en France et dans le monde, je me sens plus concernée, estime Jeanne. Et quand je vois des caricatures, ça me donne envie de chercher à bien les interpréter. »
« Moi j’avais ma petite vie, je vivais un peu dans ma bulle. Ça m’a fait grandir, je prends davantage conscience de ce qui se passe autour de moi, explique pour sa part Marion. Mais ce que je regrette, c’est que certains n’ont pas compris et ne cherchent pas à comprendre. »
« Je me sens plus concernée par la liberté de la presse. Ça m’a ouvert l’esprit, ça s’est ressenti dans la chronique que je fais sur Radio Balistiq, témoigne Oriane. C’est triste à dire mais sans les attentats je n’aurais peut-être pas ce rapport que j’ai aujourd’hui avec Charlie Hebdo. »
« On a l’impression un an après qu’on a un peu oublié. On sait ce qui s’est passé même si on en parle moins. Mais on se sent toujours un peu « Charlie » quand même » sourit Marion.

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