Conflit social à la Poste : des blocages de toutes parts

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Les facteurs tullistes sont dans leur cinquième semaine de grève et les négociations avec la direction de la Poste sont au point mort. Hier, les soutiens des postiers en lutte ont bloqué le centre de tri d’Ussac, empêchant la distribution sur le secteur briviste.

Ce n’est pas grand chose, juste «une tournée, un casier, un facteur» de plus qu’il reste à négocier. Mais plutôt que d’accepter de se remettre autour d’une table, la direction de la Poste préfère dépenser de l’énergie et de l’argent pour contourner le conflit social, «casser la grève» et assurer (bien mal) la distribution du courrier dans les communes desservies par le centre de la rue Maurice-Caquot à Tulle.

"On fait comment ?"

Environ 50.000 habitants sont impactés par la grève, d’Argentat à Seilhac en passant par Marcillac-la-Croisille, Favars, Corrèze. Depuis vendredi dernier, les relations entre les deux parties sont coupées et la direction a décidé de cadenasser le portail du centre courrier tulliste chaque matin, alors que les soutiens des grévistes ne souhaitaient pas en bloquer l’accès. Un geste qui oblige de fait les usagers à faire demi-tour, exaspérés. Hier matin encore, nombreux étaient ceux qui demandaient à entrer pour récupérer des lettres d’ordre médical ou bancaire. «On fait comment ?», était la question récurrente. «Les biens qui sont à l’intérieur du centre nous appartiennent», souligne Jean-Pierre Fraysse, porte-parole du collectif indépendant d’usagers de la Poste qui refuse le statut quo et demande un médiateur. Un tiers des tournées a pourtant été assuré sur le secteur de Tulle.

"Sur les nerfs"

Pour distribuer coûte que coûte, la Poste a recours à des stratégies très étudiées : louer des hangars à la Solane à Tulle et près du Pilou à Malemort, louer des semi-remorques (avec chauffeur) pour transporter plis et colis, faire appel à du personnel volant... «Une dame est venue de Bordeaux pour travailler au centre. Elle n’a pas pu prendre son service. Ses frais de déplacements sont pris en charge», observe une factrice en grève.
Cette situation, qui perdure depuis cinq semaines, crée des tensions de toutes parts. Hier matin, un cadre de la poste, «sur les nerfs» s’est cru en danger et a appelé la Police. Celle-ci «est arrivée toutes sirènes hurlantes... avant de repartir quelques minutes plus tard après avoir constaté qu’il ne se passait rien», raconte un citoyen venu soutenir les facteurs grévistes.  
L’intersyndicale  CGT et Sud s’est rendue à l’aube sur les «sites clandestins» (ou «de secours» selon la direction), pour en barrer les accès. La manoeuvre a échoué à la Solane : les véhicules jaunes sont sortis par une autre voie avec l’aide de l’entreprise voisine. Mais elle a réussi à Malemort malgré des crispations : Jean-François Chaudières de la CGT-FAPT a été projeté à terre en empêchant une voiture de sortir. Le syndicaliste a repris le blocage après une intervention des pompiers.
Fait nouveau, le centre de tri postal  d’Ussac a été bloqué. Une vingtaine de personnes, dont des Gilets Jaunes, ont installé des palettes et des pneus à 5h45 devant le bâtiment. Le site a été occupé jusqu’en fin de matinée. «A priori une partie du courrier de Tulle serait en transit au centre de tri d’Ussac», indique Karine Lavaud de la CGT-FAPT. Les employés ont pu entrer dans le centre mais par en sortir pour distribuer le courrier.

"Convergence des luttes"

Aucune tournée n’a été assurée sur les 200 de Brive et son secteur (Ussac, Malemort, Salon-la-Tour, Ayen, Objat, Arnac-Pompadour, Lubersac). L’objectif de ce blocage est aussi de montrer la détermination des facteurs. «Le directeur du centre de tri est venu nous voir, cela s’est bien passé comme avec les collègues facteurs d’Ussac car la plupart comprennent le mouvement. Beaucoup se sentent également concernés», signale Karine Lavaud. «Nous sommes ici en solidarité avec les facteurs et pour défendre le service public qui est la base pour nous», explique Christian Reynal, un Gilet Jaune. «Nous soutenons les facteurs comme nous soutenons les Urgences et les pompiers. On est tous solidaires. Notre objectif est la convergence des luttes».
Les négociations n’ayant pas repris hier, la grève se poursuit ce mercredi, pour le 27e jour.

Karène Bellina et Claire Mouzac

 


«Que fait la Préfecture ?»

C’est une question entendue devant les grilles du centre courrier de Tulle et posée par des usagers. Venceslas Bubenicek, directeur de cabinet du Préfet donne une réponse. «La Poste est, depuis 2010, une société anonyme. En cela, les conflits sociaux qu'elle rencontre sont désormais des conflits de droit commun, relevant du code du travail. La préfecture, comme dans les autres conflits de droit privé, n'intervient pas directement. Les services de l’État, via la Dirrecte et l'Inspection du travail, cette dernière étant indépendante, peuvent accompagner leur résolution. Dans ce cadre, la Préfecture a proposé une conciliation de l'inspection du travail le 25 juillet. Cette dernière a pour mission d'aider les négociations si tant est que les parties aient chacune le souhait de les mener», indique-t-il.

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