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L'or bleu,nouvel enjeu pour le Pays Vert ?

Agriculture

En pleine période de sécheresse, la Chambre d’agriculture souhaite promouvoir la création de retenues d’eau collinaires sur le territoire de la Corrèze. Une façon de stocker l’eau de pluie destinée à gérer l’irrigation des terres agricoles et favoriser l’installation en production végétale.

Face à la sécheresse, les dernières déclarations de Didier Guillaume relatives à la création d’une soixantaine de retenues d’eau en France entre 2019 et 2022 ne sont pas tombées dans l’oreille d’un sourd au sein de la Chambre d’Agriculture de la Corrèze.
«Cela fait plusieurs années que nous pensons que l’avenir de nos exploitations passe par les retenues d’eau» pose d’emblée Tony Cornelissen son président «d’autant plus depuis ces deux dernières années de sécheresse».
Si cette porte ouverte par le Ministre de l’agriculture réjouit la Chambre, pas question en Corrèze de s’engouffrer dans la brèche des dites «bassines» par ailleurs décriées.

Récupérer et stocker

«Ce que veut promouvoir la Chambre ce sont avant tout les retenues collinaires. L’idée, c’est de récupérer l’excédent d’eau de ruissellement pendant l’hiver ou lors des orages en été pour la stocker afin de faire face à la sécheresse. Chez nous c’est la seule solution. Avant, pour s’installer, l’agriculteur avait besoin du banquier, demain il aura besoin d’eau » poursuit-il.
Eleveur et producteur de petit fruits à Arnac-Pompadour au sein d’un GAEC familial, Gilles Dumond, lui, ne regrette pas d’en avoir réalisé une il y a plus de 25 ans. «Au départ on l’a fait pour irriguer un hectare de framboises en pleine terre pendant l’été. Si au début nous n’en avions pas vraiment l’usage, au fil des années on a tapé de plus en plus dans la retenue. Depuis dix ans maintenant on s’en sert tous les étés et tous les jours.  Aujourd’hui, celle-ci, nous sert aussi à abreuver nos animaux» observe l’exploitant.
Mise en place en 1993 et avec ses 6.000m3, la retenue de ces exploitants fait partie des petits calibres en Corrèze. «Il existe environ 4.000 retenues d’eau tous usages confondus sur le département. Seules 15%, soit environ 450, sont uniquement dédiées à l’irrigation et 420 d’entre-elles sont déconnectées du milieu » précise Michel Baffet, chef de service agronomie, environnement, eau et forêt à la Chambre et aussi directeur de l’ASAFAC qui a en charge d’instruire les dossiers auprès des autorités compétentes.

Une trentaine de candidats

Car la création de ces retenues est évidemment soumise à de strictes procédures et autorisations et à arrêté préfectoral. «L’idée n’est évidemment pas de priver d’eau le secteur aval» insiste le chef de service. Face à la succession et à la répétition des saisons sèches, l’idée de stocker de l’eau sur sa parcelle fait de plus en plus d’émules. «Nous sommes cette année dans la troisième tranche et dernière tranche de l’appel à projet du Programme de développement durable (PDR) en Limousin. En Corrèze, en 2017, 9 projets ont été retenus, 13 en 2018 et pour cette année il y a déjà une trentaine de candidats» pose Michel Baffet.
Didier Lagrave, lui, a décidé de voir grand. La propriété de cet éleveur et pommiculteur, également installé à Arnac-Pompadour est en pleins travaux. En cinq semaines, c’est une retenue collinaire d’une capacité de 37.000m3 qui a été aménagée. «Mon objectif et de sécuriser mes revenus et mes récoltes» annonce-t-il. Ce projet, l’agriculteur y pense depuis de longues années mais s’est finalement accéléré lors de ces deux dernières années. «Je suis installé depuis 20 ans et jamais je n’avais transporté de l’eau pour les bêtes. Sauf que depuis trois ans je n’ai plus eu le choix». Mais abreuver ses animaux n’est pas la seule préoccupation de l’agriculteur. «J’ai 8,5 ha de verger dont deux hectares en bio. Avec cette possibilité d’irrigation, je souhaite aussi étendre ma production bio ou encore me diversifier. Cela m’ouvre le champ des possibles pour les années à venir» explique l’exploitant qui a investi 100.000 euros aidés à 60% par l’Europe et la Région.  
Pour Tony Cornelissen, ce «complément de sécurisation devient une obligation. La préservation de l’agriculture passera par là. Demain, la ferme Corrèze ne pourra  pas exister qu’avec des bovins et le facteur limitant ce sera l’eau !»

Mathieu Andreau


En chiffres

En Corrèze, près de 30 millions de m3 d’eau sont utilisés chaque année. Pour l’irrigation, 3 millions de m3 d’eau sont
prélevés par an, 42 % de ces volumes pompés sont issus de stockage en retenues collinaires. Pour abreuver les 300.000 bêtes que compte le département, 6 millions de m3 sont nécessaires.