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Ecouter pour s'étonner, encore

Festival Le bruit de la musique

Il y a 50 ans jour pour jour, les 15, 16 et 17 août 1969, le festival de Woodstock prônait la musique... et la paix. Si sa programmation serait certainement aujourd’hui plus proche de celle du Check In Party, ses valeurs, celles du mouvement hippie, s’inscrivent bien dans le 7e festival Le Bruit de la musique qui débute demain.
Sortez vos vêtements les plus colorés, n’oubliez pas les fleurs dans les cheveux, et rendez-vous dès 14h30 au chapiteau du festival installé à Saint-Silvain-sous-Toulx pour l’ouverture de cette septième édition, trois jours de «musique, d’amour et de paix» en clin d’œil pour Woodstock donc, « un hommage pas seulement musicalement mais aussi par nostalgie du mouvement hippie, décrié et moqué aujourd’hui mais c’était une jeunesse magnifique qui essayait de construire un autre monde ».
Avec une programmation conçue pour montrer différentes approches des artistes dans le champs des musiques contemporaines, le festival est conçu comme un parcours d’écoute ; le spectateur se doit de faire son cheminement pendant les trois jours... Une expérience peu commune de la musique dite contemporaine...
« On a du mal à catégoriser cette musique, elle est assez rare, dans le paysage médiatique en tous cas, on l’appelle nouvelle, contemporaine, expérimentale... mais ça ne dit pas toute la diversité de l’approche ni la richesse des propositions des artistes qui la pratiquent », explique Lê Quan Ninh, en charge de la programmation pour l’association Ryoanji. Plus présente en milieu urbain que rural, elle a depuis sept ans sa place en Creuse, au festival Le bruit de la musique...
« L’intérêt du festival, c’est qu’ici il y a une qualité d’écoute disponible, car il n’y a pas de pollution sonore », poursuit le programmateur. Et si par hasard un coq se met à chanter, il apparaît comme intéressant et surprenant à la fois, « c’est une notion importante, on tâche vraiment pour certains de réactiver le goût d’être surpris ».
Le goût et le plaisir de ne jamais être dans la routine, mais au contraire, dans la surprise continue des sonorités et des timbres... Avec comme d’habitude, un premier concert qui «donne le la» avec un instrument détourné, augmenté, ou tout simplement nouveau : à 16 heures demain, découvrez «duo pour 454 chordes» de Lionel Malric et Pak Yan Lau et leurs pianos préparés (1), un principe créé par John Cage en 1938 et rafraîchi par les deux musiciens pour l’occasion : immanquable !
Autre hommage à John Cage, samedi 17 à 10 heures à Saint-Silvain-sous-Toulx, une promenade préparée par la chorégraphe Patricia Ferrara, avec différents danseurs qui imagineront différentes actions dans la campagne : « Un hommage à John Cage pas associé à un instrument mais à un paysage », précise Lê Quan Ninh.
On retrouve la musique de John Cage, vendredi à 11 heures en l’église de Domeyrot, avec une pièce pour piano seule, Music for Piano 4-84 Overlepped interprétée par Pascale Berthelot. 80 pièces superposées les unes sur les autres, certaines préenregistrées, d’autres en direct, suite à l’enregistrement de la pianiste sorti l’an passé.
Ce concert est à mettre en résonance avec Hyper Rice, d’Hyper duo, samedi à 17 heures en l’église de Domeyrot toujours, qui reprend la pièce du compositeur américain Michael Pisaro, qui s’est posé la question « qu’est-ce qu’on peut écrire après 4 minutes 33 de John Cage ? ». La part de silence est très forte, le concert extraordinairement méditatif, « une résonnance actuelle de la pièce de John Cage, plus contemporaine avec l’ajout d’électronique », note Lê Quan Ninh.
Le Bruit de la musique fait la place belle cette année aux duos : ça commence fort dès jeudi avec le groupe suisse Hyper Duo, à 17h30 sous le chapiteau, qui tient le fil rouge du festival cette année en revenant les deux jours suivants. Percus et pianos comme vous ne les avez jamais entendus, ou plutôt vus, car la performance scénique et la dramaturgie qui en découle sont primordiaux ici !
Toujours jeudi soir à La Spouze, Christian Wolfarth et Enrico Malatesta, respectivement de Suisse et d’Italie, proposeront une vision neuve de la percussion. Vendredi, 15 heures, l’église de Saint-Silvain-sous-Toulx vibrera du Radio tweet des allemands Ute Wassermann et Birgit Uhler. Rendez-vous ensuite à 17 heures à l’église de Toulx-Sainte-Croix pour le dialogue aussi dense que véloce
d’ Isabelle Duthoit et Prune Bécheau.
Samedi, c’est une autre forme de duo qui est présentée : le saxophoniste Lionel Garcin accompagne la danseuse Emmanuelle Pépin :  place à l’improvisation !
Autres moments forts du festival, les petits déjeuners discutés, offerts au public vendredi et samedi matin, des rencontres-débats entre artistes et public, « des échanges de parole très chaleureux même quand la discussion est âpre ». Un moment important pour les organisateurs et artistes, « émus de la richesse des émotions des gens du public, de leur part poétique ».
Pour la 3e année consécutive, Laurent Pouzaud (de L'Association pour la découverte de l'atmosphère et de l'espace de Limoges) vient avec son téléscope pour proposer des observations du ciel après les concerts. A ne pas louper non plus, l’installation à la fois visuelle et sonore par Marie Bouchacourt au lavoir de Domeyrot, qui porte sur l’eau et le geste de l’eau, « un oasis de paix très relaxant ».
(1) Le «piano préparé» est un piano dont des objets ont été mis entre les cordes pour transformer le son, le rendant parfois méconnaissable. Son inventeur John Cage a écrit énormément de pièces dont la puissance des formes est intégralement imbriquée avec l’instrument.

Concerts participatifs
Tout à coudre
Le concert participatif sera cette année mené par Nelly Mousset : dix personnes sont invitées à venir « jouer de la musique contemporaine, même et surtout s’ils ne sont pas musiciens. L’important est d’écouter les sons dans l’espace, pas forcément de faire quelque chose de très compliqué, ça, les musiciens s’en occupent », assure Lê Quan Ninh.
Les répétitions auront lieu vendredi et samedi, préparant les interprètes d’un jour à créer une atmosphère sonore, tout en émotion et en sensibilité, afin d’amener le plaisir.  Le concert «Tout à coudre» aura lieu samedi à 20 heures au chapiteau.
Concert pour 30 pédales
Hugo Roussel, musicien, graphiste et artiste plasticien, propose un autre concert participatif entre les différents rendez-vous du festival : une guitare électrique en ligne avec 30 pédales et des amplis pour permettre à 30 personnes d’agir en même temps sur les pédales et de transformer le son de la guitare... Très joyeux, ce moment entre en résonance avec le concert de guitare électrique de Nina Garcia, Mariachi, ce soir à 22h30 au chapiteau. « On tenait à ce qu’il y ait de la guitare électrique par rapport à Woodstock », sourit Lê Quan Ninh.