Les Gilets jaunes ne désarment pas

 
 
Hier au nord de Limoges, au rond-point de Grossereix, l’entrée de la vaste zone commerciale du Family Village, les Gilets jaunes étaient encore sur le pont pour un filtrage de la circulation.
Parmi eux, un agent de maintenance raconte sa nuit de dimanche à lundi : «A un moment, on n’était plus qu’une dizaine et dans le froid, ça piquait, mais depuis le [lundi] matin, les effectifs se sont renforcés.» Il y a là des retraités, plus disponibles, mais aussi des jeunes, des étudiants. «Il y a aussi des gens qui nous apportent de quoi tenir le compte, des pneus et des palettes à faire brûler.»
Dans les rangs, un mécontentement encore renforcé  par les déclarations du chef de gouvernement. «Pour nous faire bouger, il faudrait au moins une baisse de 40 centimes du litre de gasoil, mais en haut, visiblement, ils ne sont pas décidés. Alors, on tiendra.» L’objectif avoué, après les premiers tours de cadran, est de rester sur place jusqu’à samedi prochain «et plus s’il le faut. Des gens qui ne sont pas venus samedi dernier commencent à nous rejoindre» assure un retraité.
Au fil de l’eau, au gré des gens qui s’en vont embaucher ou dormir quelques heures et de ceux qui arrivent pour prendre le relais, le rond-point de Grossereix tient bon, comme de nombreux autres sites partout en France. Unis par le mot d’ordre de la vie trop chère, des taxes et des augmentations en tout genre qui conduisent à des fins de mois difficiles, les personnes mobilisées semblent unies par le lien invisible de la révolte. Les conducteurs, notamment les chauffeurs poids lourds prennent leur mal en patience, coupant le moteur quand ils sont à l’arrêt, redémarrant avec des coups de klaxon de soutien, quand la barrière improvisée se relève. «Parfois, il y a un peu d’énervement, reconnaît un manifestant. Parfois le ton monte et il faut calmer les esprits mais certains sont tellement dans la misère que ça déborde.»
Sûrs de la légitimité de leur action «parce que si on ne fait rien maintenant, on aura encore de nouvelles taxes dès le mois de janvier», on ressent également la volonté de ne plus accepter ce que la France d’en haut présente comme inéluctable, une politique des efforts répétés, sans d’autres perspectives que de nouvelles mesures anti-sociales. Un participant lâche : «Après 20 ans de boîte, je gagne 1.400 euros et j’ai trois enfants. Quel avenir on leur propose ? Je n’ai pas d’autres choix que de faire des prêts pour consommer un peu. Et, alors que tant de jeunes sont sans travail, on m’apprend que je ne pourrais partir à la retraite avant 63 ans. Et dans le public, c’est pareil. Les gens repoussent l’âge de leur départ à la retraite parce que sinon leur pension sera trop faible. Ce n’est plus possible.»
Parce que ce monde-là est insupportable, à Limoges en zone nord, on supporte les conditions hivernales et les nuits blanches, pour se faire entendre. 
Les blocages ont continué également à Saint-Junien et à Bellac.

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