Le Conseil départemental tire à boulets rouges sur le gouvernement

Samedi matin s’est tenue à Limoges l’assemblée générale des maires et élus du département, la dernière du mandat, sous la présidence d’Isabelle Briquet, en présence du préfet et des parlementaires. Le président du Département, Jean-Claude Leblois n’a pas mâché ses mots concernant la politique du gouvernement.

De nombreuses questions ont été abordées, mais ce qui aura marqué cette assemblée générale, c’est l’intervention, à charge, contre le gouvernement du président du conseil départemental Jean-Claude Leblois. Il ne pouvait pas en être autrement. En effet, lors de l’assemblée des Départements de France qui s’est tenue la semaine dernière à Bourges, de nombreux présidents et notamment celui de la Haute-Vienne, ont marqué leur désapprobation face aux choix gouvernementaux en quittant la salle au moment de l’intervention de Jacqueline Gourault, ministre de la Cohésion des Territoires et des Relations avec les Collectivités Territoriales.

En cause, la réforme de la fiscalité locale prévue dans le cadre de la loi de finances 2020 qui selon le président Leblois, entérine «la fin de l’autonomie fiscale des Départements.» Le texte prévoit la suppression de la taxe foncière que les Départements percevaient jusqu’ici, au profit d’une part de TVA. «La TVA est un impôt injuste qui consiste à faire payer les plus faibles pour les politiques dont ils sont les bénéficiaires» lançait Jean-Claude Leblois.

«Il est difficile de croire à la compensation à l’euro près annoncée par le gouvernement pour remplacer la taxe foncière alors que 9 milliards d’euros n’ont à ce jour toujours pas été compensés aux départements par l’Etat au titre des seules allocations individuelles de solidarité (RSA, APA, PCH), soit un manque à gagner de 52 millions par an pour la Haute-Vienne.» La taxe foncière sera versée aux communes pour compenser la perte de la taxe d’habitation. «Une suppression qui constitue une diminution des ressources, une atteinte à l’autonomie fiscale et financière et remet en cause la libre administration des collectivités» soulignait pour sa part la présidente Isabelle Briquet.

«Les ménages aux revenus les plus faibles sont déjà pour la plupart exemptés de taxe d’habitation. S’il y avait une mesure à prendre pour améliorer la situation économique de l’ensemble des Français, c’était de baisser la TVA sur les produits de base de la vie quotidienne!» abondait le président Leblois avant de lâcher «Macron, c’est Arsène Lupin, il a fait croire à ceux qui ne payaient pas d’impôts que demain, ils en paieraient moins.» Algarade saluée par les applaudissements de la salle.

Et le président d’enfoncer le clou : «L’argent existe. Le choix de supprimer l’ISF est symptomatique d’un gouvernement qui préfère servir les intérêts de quelques-uns plutôt que de financer la solidarité nationale, la transition écologique et de défendre les services publics.»

Priver les Départements de levier fiscal, «ce n’est pas acceptable au regard de la situation sociale» ajoutait Jean-Claude Leblois qui a mis en perspective les décisions du gouvernement et la pauvreté qui s’accroît en France. «La situation est grave.»

«La mort des zones rurales»

Jean-Claude Leblois a également pointé les nouveaux documents d’urbanisme (PLU, PLUI) qui visent à une gestion économe de l’espace pour protéger les sols, les espaces agricoles et les forêts. «Je n’y suis pas opposé, mais derrière, se cache une réalité brutale : on ne pourra plus construire en dehors des friches et des anciens bâtiments industriels récupérés. Cette politique a un nom : la mort des zones rurales.» Applaudissements.

Jean-Claude Leblois a conclu son propos par le dossier de la RN 147. «Nous attendons de l’Etat une réponse à la hauteur des enjeux, notamment financiers.»

Est-ce un hasard, étaient-ils attendus ailleurs? Toujours est-il que les deux députés, Sophie Baudouin Hubière et Pierre Venteau ont quitté la salle dès la fin de cette prise de parole. Ils n’auront même pas entendu le sénateur Gabouty tenter de défendre le gouvernement, avançant même, citant l’INSEE, que le pouvoir d’achat des Français avait augmenté, ce qui lui a valu de belles contestations dans la salle. Pas entendu non plus, la sénatrice Marie Françoise Perol-Dumont qui a dit partager «très largement les propos du président Jean-Claude Leblois».

C.A.

 

Photo : La montée au créneau du président Jean-Claude Leblois a dû faire siffler les oreilles des macronistes.