Dégâts : des syndicats font bloc

Cynégétique

Fait rare. Trois syndicats agricoles qui n’ont pas l’habitude de partager la même conception sur le  métier d’agriculteur, ont trouvé un point de convergence sur la question des dégâts causés par les gros gibiers.
Cet accord vient dénoncer une situation que les trois syndicats jugent inacceptable et qui met  bon nombre d’agriculteurs dans la difficultés à cause  des dégâts répétés de grand gibier (sanglier, cerf) dans plusieurs points du département.
«Il y a une problématique depuis trop longtemps déjà. Il y a des secteurs où le travail n’est pas fait par les chasseurs. Sur ce dossier-là, on s’est dit qu’il fallait qu’on pousse d’une seule voix» explique Mathieu Jimenez de la Coordination Rurale.
A Lacelle en Haute-Corrèze, le Président du Modef 19 Fabien Marcilloux connaît bien la problématique. Plusieurs de ses parcelles de maïs  d’ensilage ont été détruites en grande partie par les sangliers : «Trois semaines  avant la récolte, les dégâts ont commencé. Le maïs est venu en  épis ce que préfèrent les sangliers. Leur passage était presque quotidien. J’ai demandé une battue administrative juste avant l’ouverture générale de la chasse. On me la refusait car elle était pré-ouverte depuis le 15 août» déplore un éleveur qui destinait cette production à son cheptel de bovins.
Il estime à 90% la perte de sa récolte, soit 3.000 euros de manque à gagner par hectare.  
En tout, trois hectares de maïs ont été labourés par les sangliers. «J’ai perdu en tout 15 remorques d’ensilage. Cela représente 12.000e avec la  remise en état des parcelles. J’ai demandé une indemnisation mais elle sera au maximum de 1.500 euros. Ce que je vais faire pour m’en sortir c’est vendre des vaches» constate Fabien Marcilloux.
Excédé par la situation, le président du Modef 19 a même repris ses droits de chasse sur ses terres car il considère qu’il y a «un manque de  respect. Il faut que la Fédération de chasse se remette en question».
Des objectifs de travail portés par les syndicats, il y a celui de l’interdiction de l’agrainage pour les sociétés de chasse qui ne prélèvent pas assez d’animaux, là les dégâts sur les cultures sont récurrents. Ce sujet sensible a été abordé à la dernière cession de la Chambre d’agriculture.
Son président Tony Cornelissen avait demandé l’arrêt de cette pratique qui consiste à attirer le gibier en répandant du grain. Un fait «favorable à la multiplication du gibier plutôt que le contraire» avait-il déploré. Jean-François Sauvage président de la Fédération des chasseurs de la Corrèze s’était opposé à cette demande en séance.    
Sophie Faurie, directrice de la Fédération précise que «l’agrainage n’est plus autorisé sauf sur le plateau de Millevaches jusqu’au 30 octobre prochain. Ailleurs, il n’y en n’a plus». Les syndicats voudraient créer «des zones où l’agrainage sera interdit tout en laissant le droit d’agrainer aux sociétés de chasse qui respectent l’agriculture : protections optimales des cultures qui doivent être fournies, posées et entretenues à la charge de la fédération départementale des chasseurs et un prélèvement suffisant sur la faune sauvage».
«Ce ne sont plus des sangliers, ce sont ces cochons. On a des lais de 40 kg qui font 5-6 petits. C’est plus tenable. Quand des troupeaux de 20-30 bêtes passent dans une exploitation, les dégâts générés ne sont plus supportables pour la profession» dénonce Mathieu Jimenez.
Les trois syndicats réclament que les barèmes financiers pour les dégâts sur les cultures soient revus à la hausse et prennent en compte les différentes valorisations dont le bio et circuit court.
«Les charges sur nos exploitations   ont été multipliées par quatre, l’implantation des cultures  par quatre en dix ans. Aujourd’hui, ça ne paye pas les frais» pointe Mathieu Jimenez.
La Fédération des chasseurs rappelle que le montant des barèmes est décidé au plan national et décliné au plan départemental.
Autre demande des syndicats que  les démarches administratives pour les dégâts de gibier soient simplifiées et que le coût de la première expertise annuelle chez l’agriculteur soit pris en charge par la société de chasse où les dégâts ont lieu.
Une réunion avec la DDT le 14 octobre va réunir autour de la table  syndicats agricoles et   fédération des chasseurs pour faire le point