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23:39Creuse : FNE 23 : nouvelle association qui préserve la nature creusoise, y compris des éoliennes | L'Echo… https://t.co/Qa3j5YQ9rF

Petit pont contre gros camions

Patrimoine

Sur les bords de Creuse, en contrebas du village du Moutier-d’Ahun, le temps semble figé. Un couple se repose dans l’herbe au bord de l’eau, juste au-dessous du pont roman en pierre du XIIe siècle aussi original qu’ancien. Le moment serait idyllique si d’un coup, un poids lourd arrivant à vive allure ne venait briser le silence et faire trembler d’abord le pont, puis les maisons de la rue principale de la commune...
«Depuis trois ans, on constate que de plus en plus de gros tracteurs et de poids lourds empruntent le pont», explique Jacqueline Chevalier, porte-parole du collectif d’habitants qui se bat contre la circulation des poids lourds dans le bourg. Depuis sa maison, elle a vue directe sur le pont. D’ailleurs, même pas besoin de voir pour constater : les murs qui tremblent et le vacarme des gros véhicules qui se lancent à pleine vitesse dans sa rue suffisent à l’avertir.
Attachée à sa petite commune où elle a racheté la maison de ses ancêtres, Jacqueline tient à défendre son village. Avec le collectif «des gens du bas», elle a mis en place une pétition (voir encadré) dont l’objectif est «d’interdire les camions internationaux et les gros tracteurs» qui passent sur le pont et dans la rue principale. Une pétition envoyée à la préfète, au maire de la commune, au député, au conseil départemental, aux deux sénateurs, à Nicolas Chevalier (architecte des bâtiments de France, à la Drac de Limoges et à France 3 pour dénoncer la situation. Et même à Stéphane Bern, qui a bien accusé réception sans pouvoir y faire quelque chose malheureusement.
«Les camions, le gros matériel agricole, c’est dangereux pour les habitants, pour les touristes, accuse Jacqueline Chevalier. Ils roulent trop vite, sont obligés de prendre de la vitesse pour monter la côte, c’est grave. La zone à 30 km/h n’est pas respectée, c’est problématique».
D’autant que «le vieux pont dit roman est régulièrement endommagé, il n’est pas adapté aux camions du XXIe siècle». Fissures, pierres qui tombent, taches de peintures, le conseil départemental doit intervenir régulièrement pour de petites réparations... Cyril et Aurore, les nouveaux voisins de Jacqueline, sont arrivés depuis le mois de mai et ont vite constaté les dégâts eux aussi «depuis qu’on est arrivés, il y a un accident tous les quinze jours, ça arrive très très souvent». Rien de grave en général, sauf pour le pont qui trinque... Et pour la tranquillité des riverains.
Car en plus d’endommager le pont, la petite rue n’est pas plus adaptée au passage des poids lourds, «on ne peut pas rester la fenêtre ouverte, ça fait un bruit de dingue, les murs tremblent, on imaginait qu’on serait tranquille à la campagne mais en ce moment avec les foins c’est impossible», témoigne Aurore. Sans compter les voitures garées abîmées régulièrement à cause des camions qui passent.
Pour Aurore, par ailleurs directrice du centre culturel La Métive juste au-dessus du pont, le problème se pose aussi pour les artistes qu’elle accueille en résidence, «ils viennent pour être au calme, ce n’est pas l’image qu’on défend du Moutier-d’Ahun et de la Creuse».
Le collectif a d’ores et déjà réfléchi à un autre itinéraire pour les véhicules lourds, une traversée par un autre pont à la jonction de la D942 et de la D55, «c’est un itinéraire possible et mieux adapté à la circulation des poids lourds», estime Jacqueline Chevalier. Construire une nouvelle route plutôt que de réparer le pont tous les ans, une idée qui selon la porte-parole du collectif «reviendrait moins cher au département, le pont est classé, ça a un coût». Les membres du collectif insistent : ce n’est pas dans le but d’embêter les paysans ni les routiers, «mais il faut aussi penser à l’économie touristique qui se développe en Creuse et au Moutier-d’Ahun, c’est l’un des sites creusois phares».

470 signataires témoins
La pétition mise en place par le collectif l’été dernier a recueilli 470 signatures, d’autant de personnes qui ont constaté les dégâts et non des anonymes. «On n’a pas voulu d’une pétition sur internet, on tenait beaucoup à ce que ce soient des gens qui ont vu le pont et se sont rendus compte de son état», estime Jacqueline Chevalier. Elle a elle-même arrangué les touristes et tous ceux qui passaient sur le pont, avec son cahier rempli de photos, pour leur faire signer en connaissance de cause. Sans oublier 70% des moutierauds qui ont signé, pour sauver leur pont... et leur tranquilité.

 

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