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Terminus Périgueux pour Julien

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Sur la carte de France, Julien est descendu de Paris à Périgueux, où, cette fois, il touche le fond.  Il y fait la manche. Loin du tourisme.
« Attention ! Ton lacet ! ». Non seulement le message d’alerte de Julien n’a rencontré aucun écho auprès de la demoiselle à qui il était destiné, mais elle a hâté le pas. A croire qu’il l’a poussée. C’est que sur la terrasse du café, précisément, aucun autre client n’aurait pareillement gueulé. La bienveillance emprunte un autre ton. Et, malgré la sincérité de son intention, Julien l’a oublié. Dopée à la picole, la misère a, chez lui, effacé les codes -des éléments de langage en somme- qui permettent qu’on se comprend, même si l’on ne se connaît pas. Son communiqué de secours, Julien peut le remballer.

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Noces funestes

« Périgueux, j’y suis arrivé le 5 juin 2011, mais j’ai pas fait exprès d’y venir. J’ai suivi ma femme, qui y avait des connaissances ». Six mois ont suffi pour que Julien se retrouve seul dans la capitale périgourdine. « Elle a trouvé un autre mec ». Julien jure qu’il avait pourtant renoncé à la bouteille… tout en convenant qu’elle l’aimante depuis l’enfance. Il a 14 ans quand ces noces-là sont scellées. Et, pour le coup, ni le brevet des collèges, ni le CAP, ni le brevet de cuisinier, ni le brevet « mention serveur » décrochés ne vont jamais les rompre. A Enghien-les-Bains, au Vésinet, dans le XVIe arrondissement de Paris, les établissements hôteliers haut de gamme qui l’emploient vont, tour à tour, exfiltrer Julien. Bref, la glissade est ancienne et le terminus est à Périgueux, au pied de la caisse d’un parking du centre-ville de Périgueux, « à l’abri du soleil », où il fait la manche.

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« Bella, pose ton cul ! »

« Pour ne pas mentir, ce sont les petits jeunes, les étudiants ou les mamies qui donnent : ceux qui n’ont pas les moyens, quoi ». Au sol, sur un carton, il y a 30 cents. L’arrivée des touristes, « réellement nette depuis juin », ne booste guère les affaires. Or, si le 15 du mois de juillet n’est pas franchi, un feu d’artifice de « 3x8 » -une marque de cannettes de bière, qu'il préfère en 50 cl- a déjà torpillé le RSA de Julien. Il va donc camper là le temps de pouvoir se remettre sous perfusion d’alcool. Le matin, il ouvre sa première bière « vers 6h ». Julien carbure à l’illusion, le placement qui rapporte le mieux pour tenir jusqu’au lendemain. C’est ainsi qu’il acquiert des convictions. « Bien sûr que je me sens capable de bosser ! ». Ici, il jure qu’il a fait le tour des cafés et des restaurants. « On m’a dit que j’étais trop qualifié ». Il s’emporte, Julien. Tout à coup, son chien l’agace. « Bella, pose ton cul ! »

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Impasse

« Plus je réfléchis, plus ça fait mal au crâne ». Julien se reprend aussitôt : il cherche d’autres mots, plus proches de la réalité. « Non, ce n’est pas ça… c’est que ça me rend triste ». Il juge qu’il a pourtant déjà « assez pleuré dans la vie ». Son père ? Il l’a « peu connu ». Sa fille ? Il l’a vue deux fois, quand elle était bébé. « Elle doit avoir 22 ans aujourd’hui ». Sa mère ? « A 41 ans, j’ai pas trop envie de rentrer dormir chez elle ». Sans compter « plein de soucis privés ». D’aucuns avec la justice, oui, mais « jamais » ils ne lui ont valu d’aller en prison. « Je voudrais me barrer de Périgueux ». Sauf que Julien y a récemment trouvé un point d’ancrage : une amie avec laquelle il s’« entend bien » et qui l’héberge. Julien s’empêtre dans les contradictions qui hantent les impasses. « Franchement, je pense que je serai mort avant de m’en sortir. Comme ça, plus de problème, plus de Julien ! »

Fabienne Ausserre