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« Devenir prof’ ? Non merci ! » : la FSU et le SNES tirent la sonnette d’alarme

Education

Pour la FSU et le SNES respectivement, les secrétaires départementaux Teddy Guittonet Abderafik Babahani motivent la colère grandissante des enseignants… qui pourrait bien exploser dès les premières semaines d’une rentrée qui s’engage mal à leurs yeux.

« La Dordogne, comme toutes les zones rurales, manque d’effectifs suffisants pour faire classe ». Au nom de la FSU, son secrétaire départemental Teddy Guitton le dit sans circonlocutions : cette rentrée s’engage mal. Le déficit touche l’ensemble des personnels des établissements scolaires « à recrutement national ». Total : il est aujourd’hui fait recours à des emplois contractuels « si l’on peut ». Or, « si on a l’argent… on ne tient pas les candidats». En effet, comme le métier a perdu son attractivité, « les gens ne postulent pas… ». Et le désamour s’accentue. « En EPS par exemple, on était déjà dans cette situation l’an dernier, mais à partir de janvier ». Devenir prof’ ne séduit plus « car le revenu et les conditions de travail ne sont plus à la hauteur ». Un jeune enseignant commence « à 1 500 € »et, après 20 ans de carrière, il plafonne « à 2 000 € ». Question évolution, on voit mieux… mais ailleurs que dans l’éducation nationale. « Entre 2018 et 2019, on a enregistré moins 7,5 % de candidats au national ». S’engager dans le métier « il y a une dizaine d’années », c’était être payé deux fois le SMIC ; aujourd’hui, « c’est 1,25 fois »

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Réunionnite : chronophage, bénévole et vaine

« Ajoutez à ces salaires modestes des conditions de travail qui se détériorent, avec notamment l’augmentation du nombre d’élèves dans les classes ». Mais… et les dédoublements des classes primaires de premiers niveaux ? « Oui, ça libère de l’espace, mais en zone rurale, 50 enfants, ça fait deux classes, donc un CP à 12 élèves et un CE à 30 élèves avec 3 niveaux différents pour l’instituteur ». Or, « quand il y a 27 à 30 élèves dans une classe, cela revient à ce que l’enseignant accorde 5 mn à chacun d’eux en 3 heures ». L’autre détérioration des conditions de travail concerne les professeurs du second degré. La « réunionnite »  les étrille. « On ne cesse de se concerter pour mettre en place de nouvelles dispositions et on n’a pas fini qu’il s’agit d’en prévoir de nouvelles, parfois parce que les premières sont déjà obsolètes ». Teddy Guitton rappelle que ces réunions à la queue leu-leu sont assurées « bénévolement ». Sans compter que, toujours dans le secondaire, il revient désormais aux professeurs principaux de consacrer en plus de leur emploi du temps 54 heures pour « faire de l’orientation ». Oui, « en plus »car sinon, c’est sacrifier autant d’heures de cours.

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Ne pas appeler « augmentation de salaire » ce qui n’en est pas une

« Le rendez-vous salarial était un engagement de François Hollande. Le gouvernement d’Emmanuel Macron n’en a repris que le nom ». Comme ses collègues, Teddy Guitton a entendu que son salaire était augmenté de 300 € cette année. « Ce sont 300 € brut, sur l’année. Moi, ça me fait moins de 25 € supplémentaires par mois, soit moins de 1% de plus ». Mais surtout, la FSU n’appelle pas ce geste « une augmentation de salaire »car « ce sont toutes les promotions obtenues dans le PPCR ». En clair, « c’est de la technique et un coup de com’ ». D’ailleurs, pointe le secrétaire départemental FSU, «même BFM a dit qu’il s’agissait d’un enfumage ».

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Manœuvre « dilatoire »

« Modifier le statut de la fonction publique en introduisant le recours à des contractuels, ça ne changera rien ». En effet, si c’est l’attractivité du métier qui est en question. La réforme des retraites est aussi vue d’un mauvais œil par la FSU. « Notre syndicat ne se désengage pas des concertations : on nous a envoyé une information, on a répondu… et puis plus rien ». A la place, voilà qu’il est question de « concertation citoyenne ». La FSU la voit « comme une manœuvre dilatoire ». Inévitablement, le syndicat va envisager quelque chose pour signifier à nouveau son gros, gros mécontentement. En interne, il réfléchira, du 20 au 27 septembre, s’il opte pour la grève ou pour des manifestations ponctuelles le samedi. D’ores et déjà, la FSU se montre « attentive »au mouvement de protestation du 24 septembre auquel la CGT et Sud Rail ont appelé, à la réunion des instances de FO, le 21 du mois. La décision de suivre ou pas se prend ce lundi 9 septembre.

Collèges : il y a les petits et les grands

« Il faut distinguer les difficultés, selon qu’on évoque les grands collèges, comme à Périgueux ou à Sarlat, et les petits collèges ruraux ». Le secrétaire départemental du SNES Abderafik Babahani retient que le problème des sureffectifs impacte les grands établissements, qui tournent à « 29, 30 élèves par classe ».D’autant qu’ « avant l’alternance politique, on pouvait dédoubler les classes pour les TP par exemple ». Or, cette possibilité se réduit d’année en année. Abderatif Babahani est ulcéré d’entendre le ministre de l’Education Jean-Michel Blanquer affirmer que « ce n’est pas un problème car c’est au professeur de déployer ses trésors de pédagogie ». Au SNES, on fait simple, en demandant de « ne pas dépasser 25 élèves par classe ». C’est grosso modo ce que comptent les classes des « petits collèges »et le SNES en est ravi. « Ça peut renforcer l’attractivité de ces territoires ».

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« Le grand bazar »

« Dans les lycées, c’est le grand bazar ». Le responsable SNES en Dordogne explique que si les chefs d’établissement « ont travaillé comme des malades cet été »pour que les emplois du temps soient opérationnels, reste que comment faire avec les options comme arts plastiques, allemand, etc ? Ce n’est pas tout. « Le ministère a atteint son objectif : les filières L se sont vidées et les S se sont remplies encore davantage ». Alors, « au nom de la liberté », on se retrouve avec « des classes de 34 élèves partout ». Le SNES lui, juge qu’au-delà de 30, c’est mal prendre les choses. « Les emplois du temps sont compacts pour les professeurs, mais pas pour les élèves ». Autrement dit, ces derniers vont devoir faire avec « des trous de 2 à 3 h dans la journée ». Pour demain, le SNES tremble réellement. « Il y a aujourd’hui des cours qui réunissent par exemple des élèves de 6 classes de 1ère ». Non seulement, « la classe est explosée »,mais… « comment faire fonctionner une équipe pédagogique qui rassemble 25 profs ? ».

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Enseigner… et apprendre en même temps que ses élèves

« Les enseignants sont en train de s’effondrer sous le poids du travail colossal  qu’est la mise en œuvre des programmes ». Eux aussi « ont travaillé cet été »… et « ils n’ont pas fini ». Le secrétaire Babahani dénonce en effet que les professeurs aient à « enseigner des matières jamais apprises dans leur cursus universitaire ». Il confirme les propos de son homologue du SNES, à propos de la fonction de professeur principal. « Les chefs d’établissement sont contraints de téléphoner aux enseignants pour les solliciter, tant le nombre de candidats s’effrite ». Causes de celui-ci : l’indemnité compensatrice, qui « devient marginale par rapport à la charge de travail ». Le SNES juge qu’ « il faudrait la doubler », au regard des nouvelles obligations d’orientation, qui s’ajoutent à l’accueil des parents d’élèves.

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Climat abîmé

« Le phénomène de contestation des sanctions et même… des notes augmente ». De quoi logiquement générer « du désordre »dans le fonctionnement de l’enseignement. Toutefois, Abderatif Babahani « tient à être modéré ». Là où ce nouveau comportement concernait « 1 élève dans la classe », on le trouve qui concerne « 2 à 3 élèves » dans la même classe. Reste que, comme il s’agit d’une moyenne, il existe parfois… « 10 élèves en mode contestation dans la classe ». Mais, surtout, la réaction de l’institution est « d’arbitrer de plus en plus en faveur des parents, en collège comme en lycée ». Par ailleurs, si, du coup, la Dordogne est peu impactée par les phénomènes de violences -qui ont toujours existé- on en connaît tout de même « de plus en plus ». Ce sont des professeurs bousculés, insultés… En revanche, il y a des « actions éducatives »régulières qui visent à sensibiliser les enfants au phénomène du harcèlement entre eux et à leur apprendre à utiliser les réseaux sociaux. Enfin, si le SNES salue les efforts du gouvernement pour inclure les élèves en situation de handicap, avec notamment le recours à des AESH, la classe peut alors comprendre, en comptant élèves et personnels, jusqu’à 33 personnes. « Or, la salle n’est pas forcément adaptée ».

Fabienne Ausserre