"Cette fois, on a atteint le point de rupture"

Grève des laboratoires d'analyses médicales

Depuis lundi dernier, tous les après-midi, les laboratoires d’analyses médicales de la Dordogne ne répondent plus au téléphone, ne reçoivent plus de patients : la grève est déclarée. Comme l’immense majorité de leurs homologues (plus de 90%), partout en France. Le gouvernement entend en effet procéder à une amputation d’au moins 170 M€ du budget qui leur est alloué en 2020. La taille de trop pour les biologistes, qui estiment être arrivés à un « point de rupture ».

« Comme les urgentistes, la grève, nous, biologistes médicaux, on la fait la mort dans l’âme… et, si nos laboratoires ont portes closes depuis une semaine l’après-midi… on travaille quand même ». Le docteur Henry-Pierre Doermann, président de Novabio, dont plusieurs sites sont implantés en Nouvelle-Aquitaine… et plusieurs en Dordogne, s’exprime en tant que membre du bureau national du syndicat des biologistes (SDB) et président des biologistes dans l’union régionale des professionnels de santé (URPS). « Les biologistes médicaux ont déjà beaucoup contribué à la maîtrise des dépenses de santé et aux efforts pour ramener les comptes de la caisse nationale d’assurance maladie (CNAM) à l’équilibre. Ces 10 dernières années, nous avons procédé à  de lourds investissements ». Ceux-ci ont servi à concentrer les activités et à intégrer de nouvelles normes. La facture a été salée : c’est un milliard d’euros qui ont été aspirés sur la décennie. Alors, en prévoyant de couper dans l’enveloppe de la profession à hauteur de « 170 à 190 M€ » en 2020, soit « l’équivalent de 4 à 5% de celle-ci »,  c’est amener les biologistes à « un point de rupture ». C’est faire que la profession soit « à l’os ».

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« C’est abîmer la proximité des soins »

Derrière le calcul budgétaire, il y a un enjeu de santé publique… donc de société. Les pouvoirs publics et la CNAM sont prêts à « basculer de la biologie praticienne à la biologie industrielle »Le Dr Doermann explique en effet que cette taille de trop aurait des conséquences funestes : la fermeture de sites avec les inévitables répercussions sur les patients, qui se retrouveraient éloignés de leurs laboratoires et devraient subir des délais d’examens allongés. « C’est abîmer la proximité des soins, c’est déstructurer quelque chose qui fonctionne ». En outre, les laboratoires d’analyse devraient revoir à la baisse le recrutement de leurs cadres. 

Pétition en ligne

« Le ministre de la Santé Agnès Buzyn, ce n’est pas trop le problème ». Le Dr Doermann voit plutôt derrière ses annonces… la main pressante de Bercy et de la CNAM, constamment sur le boulier. Or, la vision comptable qui fait la loi, ça suffit. « Les biologistes ont tout fait pour être rationnels, trouver à faire des économies et, en Dordogne, ça se voit : on arrive à maintenir des laboratoires de proximité ». Le Dr Doermann demande aux patients d’imaginer d’avoir à faire au moins 1h de voiture pour pratiquer leurs examens, au lieu des 20mn actuelles… Ceux-ci sont d’ailleurs invités à soutenir les biologistes en signant une pétition en ligne.

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D’autres étages de la fusée sur le pas de tir 

« Si nous ne sommes pas entendus lors de notre réunion avec la CNAM mardi 1er octobre après la grève partielle de cette semaine, nous lancerons le deuxième étage de la fusée ». Cette fois, prévient le Dr Doermann, ce serait « au moins une semaine de fermeture totale des laboratoires d’analyse». Au cas où le gouvernement ne se serait toujours pas équipé d’un cornet, « les laboratoires gèleraient les audits Cofrac réglementaires » et « surtout », ils « refuseraient de participer au développement du dossier médical partagé », qui est « la mesure fer de lance du Président Macron»

Fabienne Ausserre