Sncf : « nous avons les moyens de vous faire préférer la voiture»

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Les cheminots de Périgueux faisaient hier signer une lettre ouverte qu’ils vont adresser aux élus départementaux et régionaux, à l’initiative de la Cgt cheminots, pour sauvegarder l’avenir du ferroviaire, et les usagers du train finissent par se demander si cette phrase n’est pas devenue le nouveau slogan de la Sncf, tant les conditions de transport se sont dégradées ces dernières années.

Aujourd’hui, si vous n’avez pas internet ou une carte bleue, bon courage pour acheter un billet. Et même une fois muni du précieux sésame, ce peut être la foire d’empoigne pour grimper à bord du train. Alors hier, devant l'accumulation de dysfonctionnements, retards, ou suppressions de rames, les voyageurs n’attendaient pas que les cheminots viennent à leur rencontre pour leur faire signer la lettre ouverte. Voyant la table dressée devant la gare, avec le drapeau Cgt, ils venaient spontanément se renseigner sur l’action en cours, et paraphaient sans hésitation la lettre ouverte. « Il n’y a plus de services publics » s’exaspérait un voyageur en signant le courrier, « on tape toujours dessus, c’est l’hosto, les cheminots, les pompiers, les facteurs..., tout le mon-de ! » Les agents ferroviaires, eux, sont au bout du rouleau, comme en témoigne une contrôleuse, des larmes dans la voix. Cette femme dynamique a de l’expérience, et son boulot, elle le connaît. Mais de plus en plus, les difficultés s'amoncellent, en particulier les vendredis et dimanches soirs, en gare de Périgueux, mais aussi sur Bergerac. Ainsi dimanche, quand le 18 h 35 est arrivé de Brive en gare de Périgueux, à destination de Bordeaux, il était plein comme un oeuf. 200 personnes l’attendaient sur le quai, et voulaient à toute force monter dedans. « C’était la foire d’empoigne» témoigne la jeune femme. « On cherche des solutions, il n’y en a pas, et on nous oblige à partir ! » Les contrôleurs sont en effet les agents de sécurité des voyages. à eux de vérifier que le train peut partir dans de bonnes conditions, sans surcharge. Sauf que leur direction, qui n’est pas sur les quais, se fiche visiblement de la sécurité. Ce qu’il faut, c’est que les trains circulent. Alors les voyageurs s’énervent, entassés comme du bétail alors qu’ils ont payé le billet, « et derrière, nous sommes les seuls à être en relation avec les usagers, qui se lâchent sur nous. Je peux comprendre qu’ils soient excédés, mais nous sommes, comme eux, victimes de la politique de l’entreprise et du gouvernement».

La galère du cheminot et du voyageur
L’action menée hier était régionale, et le délégué Cgt des cheminots de Périgueux, Jérôme Jean, a détaillé ce qui la motivait.
Depuis des années, les différentes politiques de transport jouent la schizophrénie. D’un côté, on nous parle réchauffement climatique et déplacements doux, de l’autre on veut supprimer le train Perpignan-Rungis, dit train des primeurs, ce qui lancera des milliers de camions sur les routes. Mais ce n’est pas la seule incohérence relevée par le délégué syndical. « Les retards de train sont dus à la politique nationale de suppression de postes, 300 chaque mois, qui impactent les conditions de travail des cheminots. Les trains surchargés ne sont pas de la responsabilité de ceux qui sont sur les quais. Pour respecter le nombre de places, on met les collègues en responsabilité face au mécontentement des usagers. ça s’aggrave. Il y a quelques mois, on a abandonné le tarif guichet dans les gares, et les voyageurs qui paient dans le train sont considérés comme des resquilleurs. On leur applique donc le tarif majoré, alors qu’ils n’ont plus de guichets dans leur gare pour acheter un billet. On nous dit qu’on manque de matériel pour mettre des rames supplémentaires, alors qu’au Technicentre, à 500 mètres de la gare, notre métier est de rénover les wagons. Ils ont mis au rebut les X 72 500, qui ne peuvent fonctionner qu’avec un contrôleur pour fermer les portes et donner le départ, pour mettre des trains où le conducteur est responsable de tous ces paramètres. La problématique du matériel est issu de leur politique de casse de l’emploi, notamment des contrôleurs. Aujourd’hui, on fait des économies sur la sécurité et les conditions de transport des usagers, et de travail des cheminots. L’entretien des voies est le coeur de métier de Chamiers, mais ils ne sont  plus que 74 à y travailler, et n’ont pas les moyens de faire leur boulot, alors que l’état du réseau n’est pas à la hauteur. Il faut revenir à l’entreprise intégrée, quand les agents de ligne pouvaient vendre des billets, et les conducteurs assurer voyageurs, fret et grandes lignes ».