La Région « à la manœuvre » sur le dossier Condat

Congrès des maires

Le président de la région Nouvelle-Aquitaine Alain Rousset revient au Congrès des maires de Dordogne, qui se tient à Périgueux, ce jeudi 10 octobre 2019, à la Filature de l’Isle. Depuis la création des grandes régions, c’est la première fois qu’il rejoint la grand-messe des élus périgourdins. Avec des annonces concrètes… et en rappelant qu’il a, lui-même, été maire. 

« Arrêtons d’appeler toujours l’Etat au secours ». Le président Alain Rousset revendique la place de la Région pour agir, à l’heure où le gouvernement Philippe accélère la recentralisation, qu’il juge « un recul colossal ». La collectivité s’appelait encore l’Aquitaine la dernière fois que le président Rousset est venu en Dordogne. Or, la loi NOTRe est passée par là, avec une conséquence notable -valable pour l’échelon départemental : « la perte de la compétence générale ». Reste que la Nouvelle-Aquitaine est loin de rester les bras croisés et le congrès est l’occasion de « rappeler le rôle » de la grande collectivité, décidée à contrebalancer en somme les problèmes de déprise des services, d’emploi et de mobilité. 

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« Nous avons ouvert beaucoup de chantiers ». Le premier que le président met en avant est « la création d’un cluster ruralité », dont l’objectif est de retenir des appels à projets de petites communes, de disposer d’une « instance de dialogue » Région-premiers magistrats et d’une autre, pour « la réflexion scientifique ». En bref, c’est offrir les moyens que ces élus-là n’ont pas. Par ailleurs, la collectivité tient à ce que les zones rurales puissent moderniser leurs entreprises. Autre soutien qui va être mis en place, cette fois en matière d’ « ingénierie ». En clair, la Région va financer les ressources intellectuelles que ni les communes, ni les interco’ ne peuvent assumer. Le président Rousset insiste sur la conscience et la connaissance que la collectivité a de la ruralité. Les actions qu’il va décrire aujourd’hui paraissent faites exprès pour la Dordogne. Toutefois, les premiers magistrats périgourdins sont aussi soumis à des difficultés communes à leurs homologues hors des frontières de notre territoire. Alain Rousset donne son point de vue sur celles-ci. Sans cacher qu’il est lui aussi préoccupé… mais sans pessimisme : ce n’est pas son tempérament.

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Financement de l’apprentissage : ça se complique

« Comme le président de l’association des maires de France l’a répété au premier ministre, enlever une ressource directe aux collectivités n’est pas une bonne chose ». Autrement dit, la réforme de la taxe d’habitation ne convient pas davantage au président Rousset qu’aux exécutifs des communes. Surtout, ce « phénomène de recentralisation des compétences »va aussi faire que « la Région ne va plus intervenir que faiblement sur l’apprentissage ». En effet, « la réforme qui a été produite par gouvernement Philippe vise à ne financer l’apprentissage qu’au nombre d’apprentis, à chaque contrat », un à un. Or, « comme les TPE et les artisans recrutent 70% des apprentis », les territoires ruraux sont en première ligne. Donc révolue, l’époque où, quand l’économie s’essouffle comme en 2012, la Région pouvait « venir à la rescousse avec les petits CFA »C’est, demain, « réduire les moyens de la Région à la portion congrue ». De fait, « si vous enlevez emploi, apprentissage et que le petit CFA est obligé de fermer », de façon pragmatique, « comment le charpentier, le boucher... arrivera-t-il à recruter ? ». Décidément, « cette recentralisation voulue par le gouvernement est d’assez mauvais augure et elle n’est pas dans la ligne républicaine (…) adoptée depuis 1981. C’est un recul colossal».

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PAC : raccord avec les agriculteurs

Mais ce n’est pas tout ce dont le gouvernement prive la grande collectivité. Révolue aussi l’ère où celle-ci « pouvait gérer directementle 2pilier de la politique agricole commune (PAC)». Quand, de surcroît, le changement de modèle s’impose, avec la réorientation du secteur vers l’agro-écologie, le bio… -et la Dordogne le sait bien. Quand sa chambre d’agriculture dénonce le flou autour des négociations de la nouvelle PAC, « elle a tout dit»... Oui, c’est « une perte de pouvoir absolue sur la PAC ». Pour rappel, la Nouvelle-Aquitaine est la première région agricole en valeur d’Europe et voilà que les moyens d’action vont désormais faire défaut « à la différence des autres régions » du Vieux Continent. Or, « ces moyens d’action, sur la campagne actuelle de crédits européens -6 ans-équivalent à 1,1 milliard ». Et comment vont faire les agriculteurs ? Comment ne pas protester comme lundi dernier, sachant que les moyens des chambres d’agriculture vont aussi diminuer ? Alain Rousset ne tourne pas autour du pot« C’est une inquiétude ». Merci la main mise de Bercy qui, en cherchant à diminuer les crédits, va faire souffrir tous les territoires. Pourtant, « il ne s’agit pas de voir tout en noir. La Région essaie d’apporter l’aide maximum aux territoires ruraux -et en ingénierie, et en actions ». Mais, sans jamais, par tempérament, céder au pessimisme, impossible, pour le président Rousset, de ne pas constater que « cette situation est intenable : les services de l’Etat n’ont pas les moyens d’instruire les dossiers du 2ème pilier de la PAC ». Ce n’est pas pour autant dire que la détresse exprimée par le monde agricole vaut pour tous les territoires. La Région va d’ailleurs concentrer ses efforts sur ceux qui souffrent le plus. 

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Déviation de Beynac : « ne pas rajouter de la polémique »

« Beynac est un énorme gâchis. Pour l’instant, j’attends les décisions de la justice ». Le président Rousset refuse de se prononcer sur l’idée désormais devenue ritournelle que Germinal Peiro « s’entêterait », après plusieurs revers juridiques. « Je ne peux pas me mettre dans sa tête ». Le président du Département de la Dordogne Peiro lui paraît animé par des « questions de sécurité » et il lui a montré des photos de véhicules de gros gabarits qui se croisent dans Beynac –dont des autocars scolaires… or, la compétence transports revient à la Région. Inévitablement, ces questions de sécurité « inquiètent aussi »l e président Rousset. Il n’a pas vu qu’encore hier, mercredi 9 octobre, Le Canard enchaîné rappelait que la commune de Beynac avait effectué des travaux entre 2015 et 2017 et que son 1er adjoint se prévalait qu’ils aient fluidifié le trafic. « C’est un progrès». Alain Rousset persiste toutefois à « penser que c’est une voie très circulée et qu’il faut être attentif aujourd’hui à des problèmes de sécurité ». Mais que l’on n’attende pas d’autre appréciation. « Je ne veux pas rajouter de la polémique ».

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"La fermeture des Papeteries de Condat est inacceptable"

« Je crois que, dans le dossier des Papeteries de Condat, les choses ont progressé ». Le président de la région Nouvelle-Aquitaine pointe « un effort considérable du groupe Lecta ». Il a aujourd’hui « le sentiment que ce dernier maintiendra son investissement », avant d’ajouter que « la Région y participera à un niveau un peu exceptionnel ». Le président Rousset insiste. « En tout cas, la Région est aux côtés de l’usine de Condat (…) et, pour l’instant, beaucoup m’en parlent mais le conseil régional agit, en finançant ». Mais, non, la Région ne se sent pas seule. « L’arrêt de Condat est inacceptable et je pense que Condat ne fermera pas »Alain Rousset doit contenir ses propos car la Région est train de négocier avec l’Etat. Même si, comme saint Thomas, le président ne croit que ce qu’il voit, il a le sentiment que le dossier des Papeteries de Condat « va dans le bon sens ». Et, « depuis lundi » (NDLR 7 octobre), jour des plus récentes négociations Région-Etat, il est « un peu plus optimiste ». Il est logique que la fameuse table ronde à Périgueux (NDLR le 6 septembre) n’ait rien semblé donner. « Ces décisions ne se prennent jamais à ces réunions-là ». En revanche, « il est normal que les élus parlementaires, maires, président du Département s’expriment... mais la Région est à la manœuvre et elle fait le maximum, y compris en termes d’appui financier à l’investissement pour que le projet de l’entreprise redémarre ». Et c’est parti pour payer« On attend que l’Etat fasse un effort important ». En tout état de cause, même si tant que les choses ne sont pas faites, elles restent à faire, la Dordogne, et notamment le Terrassonais, aura retenu que le président Rousset pense que «Condat ne fermera pas ».

Fabienne Ausserre