Se parler et se retrouver autour de la liberté

Une dizaine de jours après les odieux attentats à Charlie Hebdo et dans l’Hyper Cacher, suivis de manifestations de soutien records partout en France, revenons sur les événements au moment où l’émotion est retombée un peu. Des «marcheurs» nous livrent leu

Rachid était à Périgueux le 11 janvier. Venu, avec son amie Elsa, de leur bourg du Périgord noir, ils jettent un regard sans concession sur les actes criminels qui ont endeuillé la France la semaine dernière. En apprenant l’attentat contre Charlie-Hebdo, la mort de la policière municipale de Montrouge et la prise d'otage dans l'épicerie casher, ils ont reçu «un grand choc. Apprendre qu'il y a eu des attentats en France, des actes horribles et lâches, ce fut traumatisant». Et pour Rachid, une crainte : «Déjà qu’on n’était pas bien vus, ça ne va pas arranger les choses. Pourvu que les gens ne fassent pas l’amalgame».

En tant que musulman, il avoue s’être senti insulté d’entendre ces terroristes crier «Allah akbar», et confie que l’imam de la mosquée de Sarlat a encouragé ses fidèles à se rendre aux rassemblements. Mais derrière cet élan de fraternité, que va-t-il rester demain ? Comment le prolonger ? Rachid se montre dubitatif. «Je ne sais pas si ça va nous aider à mieux vivre tous ensemble, au-delà de nos diversités. ça peut aider. Mais moi, je ne ressens aucun changement. Le regard de mes copains sur moi n’a pas changé». Il estime que ce qui est important, c’est «d’en parler».

Coline et Célia ont 17 ans. Lycéennes en option théâtre à Périgueux, elles avouent s’être senties directement touchées par les meurtres de la semaine dernière.

«Nous en parlons beaucoup, notamment au lycée avec nos professeurs, car nous avons besoin d’évoquer ces événements sous tous les aspects, par rapport surtout à l’amalgame fait avec la religion musulmane ». Même si la pression commence à retomber, les deux lycéennes ne pensent pas que ces massacres tomberont dans l’oubli, et estiment que ça peut créer un élan « pour que les gens se parlent. Que les personnes se rassemblent et soient unies pour une même cause donne de l’espoir pour un avenir meilleur. Ce mouvement a fait naître l’espoir d’une plus grande solidarité ». Pour autant elles notent qu’il sera toujours nécessaire de se battre pour les droits humains. «On ne sait jamais ce qui peut se passer, mais quoiqu’il arrive, on ne se taira pas. La liberté d’expression est un concept qui nous est d’autant plus cher que nous suivons des études de théâtre et artistiques, et le jour où il n’y a plus de liberté d’expression, il n’y a plus d’art». Plus loin deux collégiennes, du haut de leurs 12 ans, expliquent n’avoir pas, au début, compris ce qui se passait. «ça nous faisait peur». Si elles ont ensuite réalisé la portée des événements, et apprécié l’immense mouvement de solidarité qui a vu le jour, elles n’ont pas l’impresion que ça va changer les choses. «Ça va redevenir comme avant. L’émotion est retombée, et il ne se passe plus rien».

Chafik ne reconnaît pas sa religion dans les actes des frères Kouachi et de Coulibaly, mais constate que l’islam est très méconnu de la population. Lui qui est depuis quatre ans en France s’intéresse aux notions de laïcité, et même s’il estime que Charlie-Hebdo dépassait souvent les bornes, il ne conçoit pas qu’on en vienne à une telle barbarie. Alors le 11 janvier, il était dans les rues de Périgueux et brandissait une pancarte où il avait inscrit : «Je suis musulman, et je suis Charlie». Si sur le moment la réaction des autres participants au rassemblement lui a fait «trop plaisir», car beaucoup sont venus spontanément le féliciter ou lui serrer la main, il pense que pour l’avenir, on ne pourra éviter ce genre de dérives qu’à travers les enfants. «Ils ne connaissent même pas la différence entre arabe et musulman» remarque-t-il. «Des musulmans, il y en a partout, en Russie, en Inde...».

L’éducation est donc le premier rempart contre l’obscurantisme. Pour l’instant, les seuls actes qui prolongent la mobilisation sont institutionnels : la protection des synagogues et des mosquées est renforcée...

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