Ce qu’elle mange a un impact

Agriculture

A l’heure où la consommation de viande est remise en cause, le label Bleu Blanc Cœur, vieux d’une vingtaine d’années, passe à l’offensive pour promouvoir un mode d’élevage où la nourriture qu’on donne aux troupeaux apporte des bienfaits pour l’alimentation humaine. Illustration avec l’élevage de Jacques Chayri-guès, notamment présent en Haute-Vienne.
 
Le déclic est venu lors d’une troisième mi-temps. A la fois rugbyman et agriculteur, Jacques Chayriguès  refait le monde avec quelques copains. «C’est l’esprit d’équipe et le sens de collectif qui m’ont motivé», assure-t-il. Il constate aussi que le système agricole d’alors ne tourne pas rond. Ainsi est née l’idée de développer un élevage plus respectueux de la nature. «Je voulais me démarquer par la qualité. Alors on a réfléchi à une alimentation du bétail plus saine.» Sur les principes du label Bleu Blanc Cœur né quelques années auparavant, l’Aveyronnais restructure en profondeur son exploitation installée dans le Bourbonnais. «L’idée était à la fois de fournir aux animaux une nourriture de meilleure qualité et de tenir compte du réchauffement climatique.» Le soja et le maïs sont progressivement remplacés par l’herbe (luzerne, trèfle) «riche en oméga 3», précise l’éleveur.  Pour équilibrer le tout, la graine de lin débarque dans le menu des aubrac.
La certification et les contrôles réguliers réalisés par l’association dont il est adhérent, imposent «une obligation de moyens mais aussi de résultats.». Pile «en lien avec la demande des consommateurs qui veulent moins de viande dans leur assiette mais de meilleure qualité.» Pour au final agir sur la santé.  Mais attention «on ne va pas guérir les gens du cancer, prévient Jacques Chayriguès. On dit simplement qu’une meilleure alimentation va permettre de réduire le nombre de maladies cardio-vasculaires.» Avec la rotation des cultures et des plantations plus réfléchies, l’éleveur affirme qu’il a supprimé les apports «d’azote, de pesticides, de fongicides» et que ses vaches s’en portent bien : «L’an passé, le vétérinaire n’est venu que deux fois dont une fois pour une césarienne.»
Pour lui, c’est le résultat de cette agriculture dite «raisonnée» et pertinente du point de vue économique. «ça nous coûte plus cher mais par rapport au prix de vente de la carcasse, on s’y retrouve» Bien plus, dit-il, que s’il avait opté pour le  bio. 
Reste que cet exemple est celui d’un gros exploitant qui «fait vêler 500 vaches par an.» En plein développement, Jacques Chayriguès vient d’ailleurs d’acquérir une nouvelle ferme à Aixe-sur-Vienne en Haute-Vienne. Mais il est certain que ce mode de développement peut être dupliqué à petite échelle, encore faut-il que «les petites exploitations se regroupent et sachent s’identifier à leur territoire. Il n’y a que comme ça qu’on va s’en sortir parce que le marché mondial, le marche ou crève, c’est fini.» L’éloge de la proximité, que ce soit au niveau des circuits de distribution comme de la production de la nourriture du bétail, a donc le vent en poupe. Les dirigeants de Bleu Blanc Cœur affirment ainsi que leur démarche permettrait de réduire les importations (soja et maïs essentiellement) de 15% avec l’objectif avoué de multiplier par cinq le nombre d’hectares réservés aux protéagineux. 
Pour le reste, même plus riche en oméga 3, le saucisson reste gras. Et pour réduire les risques cardio-vasculaires, l’équilibre alimentaire, une alimentation variée (avec fruits et légumes) et activité physique régulière demeurent encore la meilleure prescription.

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