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Chirac, «Un homme tout terrain !»

Disparition

C’est en Corrèze que Jacques Chirac a forgé son destin politique. Ce département qu’il chérissait lui a donné son affection, souvent au-delà des clivages politiques. La vie politique de Jacques Chirac est donc indissociable de ce département, de cette terre où l’homme d’Etat a ancré son histoire d’amour avec le monde rural.

«Il pouvait à la fois faire le baise-main à la reine d’Angleterre et boire une bière avec les habitants du plateau de Millevaches ! Jacques Chirac, c’était un homme tout terrain», se souvient Jean-Pierre Audy, avec émotion. «Quand mon fils est né, il a de suite appelé, je ne suis pas le seul dans ce cas. Il n’y a pas une famille en Corrèze qui n’ait pas chez elle une carte signée de sa main, avec une attention particulière», ajoute l’ancien député européen originaire de Meymac qui a bien connu l’ancien chef d’Etat et qui ne s’est «jamais ennuyé une seconde avec lui». «Il aimait les gens du peuple», retient Daniel Chasseing, sénateur de la Corrèze. «Il aimait passer du temps avec les ouvriers et les paysans».

"Il forçait la sympathie !"

Le décès de l’ancien président de la République à l’âge de 86 ans hier, a suscité une vague d’émotion en Corrèze, dépassant les clivages politiques. «Il forçait la sympathie», commente une militante communiste qui se souvient l’avoir croisé à Tulle dans la rue. «On ne pouvait pas ne pas lui serrer la main !». Christophe Arfeuillère, le maire d’Ussel, a vu Jacques Chirac pour la première fois à l’âge de six ans. «J’étais au côté de mon père qui était élu à Meymac, c’était lors d’un comice agricole où nous remettions des prix. Ce jour-là j’ai rencontré un homme chaleureux, prévenant attentif aux autres, fondamentalement humain et qui savait vous montrer à quel point vous étiez important pour lui», détaille-t-il.
Au delà de sa «sympathie», de sa «joie de vivre», de la tête de veau, et de la main «au cul des vaches». Ce que les Corréziens retiennent, c’est son attachement au département et ce qu’il a accompli pour le territoire. Il fut aussi son ambassadeur, lui donnant une portée médiatique nationale, voire internationale. En octobre 1999, il reçoit le président chinois Jiang Zemin en son château de Bity à Sarran. Un an plus tôt son épouse, Bernadette, accueillait Hillary Clinton...

"Il n'a jamais abandonné la Corrèze"

Né en 1932 à Paris, Jacques Chirac passe son enfance dans le berceau de sa famille dont les origines sont agricoles. Il débute en politique à Sainte-Féréole, où il a des attaches du côté de sa mère. Il est élu conseiller municipal en 1965. Deux ans plus tard, il arrache de justesse la députation dans la circonscription d’Ussel face au communiste Georges émon. Il sera à cette place jusqu’en 1995 et son accession à l’Elysée. Il restera membre du conseil municipal de Sainte-Féréole jusqu’en 1977. Il cumule avec la fonction de conseiller général du canton de Meymac à partir de 1968. Il siègera au Département jusqu’en 1982, et le présidera pendant 9 ans, de 1970 à 1979.  «Il s’est occupé de ce département pendant 40 ans. Et malgré ses fonctions présidentielles, il n’a jamais abandonné la Corrèze», commente le sénateur Claude Nougein. «C’est d'ailleurs lui qui a permis son industrialisation grâce à la création du nœud autoroutier à Brive». Outre l’A20 et l’A89, l’élu briviste note aussi la création de l’aéroport Brive Vallée de la Dordogne. «Quand sa construction a été décidée, c’est lui qui était aux manettes de l’Etat. C’est un peu grâce à lui si le premier aéroport français du XXIe siècle, et peut-être le dernier, est corrézien».

Des industries, des services

La Haute Corrèze aussi a bénéficié du désenclavement et des installations d’entreprises qui vont avec. «A travers le grand plan Massif Central, il a eu la vision d'amener le territoire d’une activité agricole vers une activité industrielle», indique Jean-Pierre Audy. On lui doit entre autres Isoroy, Martin Dow (ex BMS). Jacques Chirac a installé des équipements, impulsé des activités de services tournées vers le médico-social avec la Fondation Chirac créée en 1971. Aujourd’hui, elle est le premier employeur de la Corrèze. Son combat en faveur de la personne handicapée aboutira à la loi de 2005. Jacques Chirac laisse aussi à la Corrèze tous les cadeaux reçus pendant son mandat présidentiel. Cette collection, donnée en 2000, compte plus de 5.500 objets et 17.000 livres. Elle est conservée et valorisée au sein du  musée qui porte son nom, à Sarran.

"Combattant" et "tranchant"

Jusqu'à ce que sa maladie l'empêche de se déplacer, il assistait aux cérémonies, aux inaugurations, aux marchés de pays. Il a rendu hommage aux martyrs et aux déportés à Tulle, le 9 juin 2009, aux côtés de François Hollande, de Bernard Combes et de René Teulade. Il était là aussi, un an plus tard, pour une visite du chantier du Domaine des Monédières à Méyrignac-l'Eglise, pour un vernissage d'exposition sur les Arts premiers d'Afrique au musée de Sarran. C'est dans son musée qu'il déclarera vouloir voter pour François Hollande en 2011, un an avant les présidentielles. Les deux hommes se respectaient depuis 1981 et la défaite de François Hollande aux législatives dans la circonscription d'Ussel. Ce dernier salue la mémoire d'un "combattant qui pouvait être tranchant" et sa générosité "qu'il n'avait pas besoin d'exhiber".

"Un adversaire redoutable"

L'ancien conseiller régional communiste Christian Audouin, l'a affronté politiquement durant de longues années lors des échéances législatives et cantonales corréziennes. "Le PCF y était alors la première force politique d’opposition aux droites. Jacques Chirac était un adversaire redoutable qui savait tirer profit de ses participations gouvernementales successives", indique-t-il sur les réseaux sociaux. "Je peux avouer aujourd’hui que ces affrontements électoraux (ainsi que dans l’enceinte du Conseil général) avaient aussi engendré un respect mutuel et des opportunités de rencontres et d’échanges privés qui s’avérèrent durables jusqu’à son retrait de la vie publique", confie l'ex président du PNR de Millevaches en Limousin.

La rédaction corrézienne

Images : 1 et 2 : Jacques Chirac à la cérémonie de commémoration des événements du 9 juin à Tulle

3 : En 1976, première candidature de Christian Audouin aux législatives face à Jacques Chirac qui découvre là, sur les affiches, son adversaire du PCF.

4 : En 2010, Jacques Chirac et François Hollande lors du vernissage de l'exposition temporaire "Carnets de voyage" au musée du Président à Sarran.

5.En 2010 au Domaine des Monédières à Meyrignc-l'Eglise avec Sophie Dessus, maire d'Uzerche et conseillère générale avec qui Chirac entretenait une grande complicité.

6 et 7 : L'hommage du Conseil Départemental de la Corrèze, un registre de condoléances est installé à Hôtel Marbot, un autre l'est au musée à Sarran.

8 : La maison familiale à Sainte-Féréole.


Les réactions en cascade après le décès de l'ancien chef d'Etat

Jean-Claude Leblois, président du conseil départemental de Haute-Vienne (PS). «Notre terre limousine, parfois oubliée ou méconnue, lui doit beaucoup. Je tiens également à rendre hommage à l’Homme d’Etat qui a toujours dénoncé avec fermeté le danger des idées véhiculées par les extrêmes, a reconnu la responsabilité de l’Etat français dans la déportation des juifs, et fait le choix déterminé en 2003 de ne pas engager la France dans la guerre d'Irak».

Alain Rousset, président de Nouvelle Aquitaine (PS). Au-delà de l’homme politique au bilan contrasté, Jacques Chirac s’est indéniablement engagé en faveur de l’ouverture aux autres cultures, tandis que le président Chirac a activement œuvré pour le dialogue entre les peuples. Ce faisant, il a porté la voix de la France avec force, respect et dignité. Passeur de mémoire, à travers son discours du Vél-d'Hiv, il a été capable d'apaiser notre société en revenant sur les heures sombres de notre Histoire.

Frédéric Soulier, maire de Brive (LR). L'édile salue "un militant infatigable de notre Corrèze dont il a accéléré le développement et le désenclavement, notamment par son approche bienveillante du dossier de l’aéroport de Brive. Un humaniste aux convictions forgées par une histoire familiale, celle de ses grands-pères instituteurs à Brive et Sainte-Féréole, deux ardents républicains".

Bernard Combes, maire de Tulle (PS). «Pour moi, Jacques Chirac c’est d’abord celui qui n’a jamais transigé, ni même flirté avec l’extrême-droite, qui a toujours rejeté ses positions populistes, racistes et identitaires. Il a d’ailleurs toujours manifesté une vraie passion pour les autres cultures que la nôtre, comme en témoigne le Musée des arts premiers du Quai Branly qui porte désormais son nom.

Paul Roche, premier secrétaire fédéral du PS19. "A Johannesbourg en 2002, il avait alerté sur les effets du réchauffement climatique et marqué les esprits bien que les actes concrets n’aient pas été aussi loin que nous aurions pu l’espérer".

Pascal Coste, président du conseil départemental (LR). "Nous perdons un ami, un homme fidèle, un humaniste. La Corèze est orpheline".

Christophe Arfeuillère, maire d’Ussel (LR). «Jacques Chirac en plus d’être un grand homme d’Etat était un homme qui croyait en la ruralité qu’il avait chevillée au cœur. Il a beaucoup œuvré pour la Corrèze, mais plus particulièrement pour la Haute Corrèze, qu’il a aménagée, désenclavée, modernisée à tel point qu’enfin, les entreprises grâce aux autoroutes et aux différentes infrastructures, ont fait le pari de la Haute Corrèze et d’Ussel pour leur développement. 40 ans plus tard elles sont toujours présentes et actives. Ussel fut l’épicentre de cette formidable prise de conscience du potentiel des territoires ruraux".