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«Face à l’intimidation, ne pas se taire»

Collectif antifasciste

Sylvain Roch, secrétaire départemental de la CGT, a été convoqué au commissariat de Tulle le mois dernier suite à un dépôt de plainte du Rassemblement National (ex FN). Le parti d’extrême droite lui reproche ses propos tenus au soir du 9 juin sur son compte Facebook. Le Collectif antifasciste de Tulle monte au créneau.

«Choqué par la présence du représentant du RN à la cérémonie du 9 juin... vraiment choqué!! Les héritiers de la collaboration, du racisme et de la haine marchant lors de la cérémonie, c’est à gerber...».
Ce sont ces quelques lignes, publiées sur son profil Facebook personnel le soir du 9 juin dernier, qui ont valu à Sylvain Roch une convocation au  commissariat de Police quelques jours plus tard. Le représentant du RN en question, conseiller régional, a déposé plainte «pour injure à personne dépositaire de l’autorité publique», faisant référence à son mandat électif.

Des propos assumés

«La convocation a été portée à mon domicile le mardi 24 juin par des hommes en uniforme pour une audition libre le jeudi 27 juin, sans précision du motif», raconte le délégué départemental CGT. Devant la police, Sylvain Roch a déclaré qu’il était bien l’auteur des propos et qu’il les assumait.
Ces faits ont suscité un élan de soutien envers le syndicaliste sur les réseaux sociaux. Le collectif antifasciste de Tulle monte au créneau à travers un texte commun présenté à la presse lundi soir. «La police et la justice ont-elles du temps à perdre ?», s’interrogent les organisations signataires*. «Sylvain avait légitimement protesté sur son compte Facebook sans aucune attaque diffamatoire ou personnelle contre la présence de  représentants du Rassemblement National aux commémorations du 9 juin, traduisant le sentiment unanime de notre Collectif et de nombreux  Tullistes», stipule le texte.

"Deux poids deux mesures"

Le collectif s’interroge sur la rapidité de la procédure envers le délégué CGT. «Nous aimerions que nos fonctionnaires de police et la justice mettent autant de diligence à traiter les plaintes que nous avons déposées, il y a maintenant plus d’un an, contre la présence agressive du service d’ordre du RN sur l’espace public», ajoute-t-il. Le Collectif fait référence à une altercation qui s’était déroulée le 17 février 2018 entre les membres du DPS, venus encadrer une réunion publique du parti d’extrême droite à la salle Latreille, et des jeunes qui manifestaient contre l’ouverture d’un local du groupuscule néonazi DNR. Le service d’ordre du RN avait fait usage de lacrymogènes et de tonfas. Le Collectif antifasciste souhaite que le Préfet de la Corrèze, responsable des services de la Police Nationale du département, explique «ces deux poids deux mesures». «Jusqu’à preuve du  contraire, on a le droit de s’exprimer dans ce pays, d’autant plus quand il s’agit d’une vérité historique», commente Gilles Madec du NPA.
Pour les organisations signataires,  «il est clair que le RN se croit maintenant tout permis. En attaquant un  responsable du mouvement ouvrier, en menaçant les médias s’ils passent nos informations, il montre son vrai visage en s’attaquant à la liberté d’expression». C’est en tant que  responsable syndical que Sylvain Roch a assisté aux cérémonies du 9 Juin, «et c’est en tant que citoyen qu’il a publié une opinion sur Facebook. Le RN se pose en défenseur des salariés mais on voit bien qu’en réalité c’est tout le contraire», constate Alain Guilbert du PCF.

«Aller au charbon»

«On ne peut pas se taire face au RN. Il faut réaffirmer les choses et les dire, rappeler d’où vient ce parti politique, ce qu’il défend. Ce n’est pas parce qu’il a obtenu des résultats aux élections (voir par ailleurs) que l’on doit se taire. Et ce n’est pas en faisant l’autruche qu’on les combattra  efficacement», insiste Sylvain Roch.  «L’intimidation est une méthode classique de l’extrême droite : la voie légale est utilisée dans un premier temps avant les agressions physiques», poursuit-il.  
Le Collectif antifasciste ne veut pas simplement se contenter de réagir. Des actions communes sont envisagées à partir de la rentrée prochaine face à la poussée de l’extrême droite dans les urnes. «On se met en ordre de bataille pour convaincre, construire. Autant d’électeurs nous interroge, on va devoir aller au charbon !».

Karène Bellina

(*) CGT, PCF, FI, NPA, Cap à Gauche 19, ANACR de Tulle, Peuple et Culture, Génération.S, la LDH, ADECR, PG etc.


Des liens entre les groupuscules d'extrêmes droite et le RN

L'Assemblée nationale a créé le jeudi 20 décembre 2018 une Commission d'enquête sur la lutte contre les groupuscules d'extrême droite en  France. Son rapport mis en ligne le 13 juin dernier et consultable sur www.assemblee-nationale.fr établit des liens avec le RN. «Si la stratégie de «dédiabolisation» voulue par Marine Le Pen à partir de son accession à la présidence du parti en 2011 a conduit à l’écartement de nombreux radicaux, ils restent en gravitation autour du Rassemblement National», est-il stipulé page 25.
«A titre d’exemple, Philippe Péninque, conseiller politique de Marine Le Pen est un ancien du GUD et d’Ordre Nouveau, instigateur de l’opération «Egalité et Réconciliation» avec Alain Soral», signale Richard Mas de la CGT.  «Parmi les fondateurs du Front National, on trouve Pierre Bousquet, ancien membre du Francisme et ancien caporal de la Division SS Charlemagne».


Quelques répères

Un précédent : Le 9 juin 1998, un élu régional du Front National avait voulu déposer une gerbe lors de la cérémonie de commémoration, mais des citoyens et  membres de Ras le Front l’en avaient empêché.

Droit de la presse : Le droit de la presse s’applique sur Internet et les réseaux sociaux, y compris lorsqu’il s’agit d’un compte Facebook personnel. Les propos peuvent donc faire l’objet d’un recours lorsqu’ils sont insultants ou diffamants.

Scores du RN : Aux élections européennes le 26 mai dernier la liste du RN est arrivée en tête sur le département avec 21,43% des voix. A Tulle, elle était devant avec 18,54% soit 831 voix, sept points de plus que LREM. Aux Présidentielles en 2017, au second tour, Marine Le Pen avait obtenu un score de 19,41% sur le département, 1.339 voix à Tulle (14,18%). Tout ceci dans un contexte de forte abstention.

 

 

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