"Privée du métier que j'aime"

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Une centaine de personnes se sont rassemblées hier matin devant le centre courrier de Tulle pour soutenir Sylvie, la factrice qui a été mise à pied pour avoir rendu service à un usager de sa tournée en signant à sa place le récépissé d’un colis. Elus et usagers ont voulu remettre la pétition de soutien à la postière à la direction tulliste... Sans y parvenir.

 

Elle ne s’attendait pas à autant de soutien. Depuis une semaine, la presse locale et nationale relaient son histoire. La pétition de soutien en ligne a récolté plus de 6.500 signatures.  
Hier, devant la centaine de personnes rassemblées à ses côtés face au centre courrier, Sylvie Auconie  n’a pu cacher son émotion : «merci à tous, je suis heureuse de vous retrouver tous là», lâche-t-elle. La factrice du secteur de Favars/Saint-Mexant est sous le coup d’une mesure disciplinaire pour avoir signé le récépissé d’un colis à la place d’un usager, alors que celui-ci lui avait donné son accord. Elle est mise à pied jusqu’à son passage en conseil de discipline.
Pour avoir voulu rendre service, elle risque le licenciement à 59 ans et presque trente ans de carrière. C’est sa fille qui, la première, a donné cette information sur les réseaux sociaux, révoltée par la façon dont la Poste traite sa mère aux états de service impeccables. Son post a été partagé plus de 8.000 fois sur Facebook et suscité l’indignation vis à vis de la démesure de la sanction.
Ce mercredi, Sylvie avait rendez-vous à Limoges à la direction pour l’entretien préalable. Deux rassemblements ont été organisées pour la soutenir : l’un à Tulle en matinée, l’autre à Limoges en début d’après-midi.

«Le sentiment d’être inutile»

A Tulle, des postiers en grève, des usagers, des militants syndicaux et politiques de gauche (PCF, NPA), des élus se sont mobilisés pour Sylvie mais aussi pour réclamer un service public postal de qualité. Tour à tour, chacun a pu s’exprimer au micro.  «La mise à pied me donne le sentiment d’être inutile et c’est difficile» leur a dit la factrice. «Je viens d’une famille où le travail est une valeur. Actuellement, je suis privée du métier que j’aime exercer et la mise à pied est déjà une sanction en soi. J’espère que cela en restera là et qu’on ne me privera pas de mon métier à mon âge, bientôt 60 ans», a-t-elle ajouté. Pour Philippe Legros, de la CGT-FAPT, «c’est la direction qui devrait passer en conseil de discipline. On ne donne pas les moyens aux salariés de bien faire le travail. La Poste touche une somme d’argent de l’Etat pour sa mission de service public qui est de distribuer le courrier dans les boîtes aux lettres six jours sur sept et elle n’est pas en capacité de le faire». Jean-François Chaudières, le secrétaire général de la CGT-FAPT 19,  estime que «la direction veut faire culpabiliser les agents. On leur donne dix fois trop de travail. Certaines tournées sont infaisables sur le secteur de Tulle. Même le meilleur facteur de France serait incapable de les couvrir dans le temps imparti», analyse le syndicaliste, avant de pointer la souffrance des postiers. En deux ans, une cinquantaine d’employés se sont donnés la mort. «La Poste parvient à détruire des familles. Le travail doit être une source d’épanouissement et pas ce que l’on voit aujourd’hui. Il faut inverser ce phénomène et vite !».

Facteur de proximité

«Les usagers ont encore envie d’un facteur de proximité qui rend service. Plein de gens attendent la voiture jaune dans les campagnes», observe une dame vivant sur le plateau tulliste. Alain Guilbert, secrétaire départemental du PCF, regrette l’époque où les facteurs avaient le temps de prendre un café avec les usagers. Il craint l’installation de boîtes aux lettres collectives. «Ils veulent casser ce lien social. C’est une
attaque sans précédent contre tout ce que nous avons construit depuis cinquante ans», dénonce-t-il.
Trois élus du territoire étaient présents parmi les manifestants : Dominique Grador, première adjointe au maire de Tulle, Jean Mouzat, maire de Chanteix et Bernard Jauvion, maire de Favars où Sylvie fait sa tournée. Ce dernier «ne peut que louer ses qualités professionnelles». Il s’interroge sur les sanctions «disproportionnées» et trouve qu’elles «ressemblent à des représailles». La factrice, syndiquée CGT, faisait partie des grévistes cet été qui s’opposaient au projet de réorganisation des tournées. «J’ose espérer que la direction va faire preuve de mansuétude». Jean Mouzat ne supporte plus «l'oppression mise sur les salariés. C’est insupportable de traiter les gens de la sorte, de les menacer de licenciement à la veille de la retraite. Je crois que cela fait partie des choses que l’on ne doit pas tolérer dans notre belle République».

«Méprisés»

Les trois élus avaient souhaité remettre en mains propres les pétitions imprimées sur papier à la direction tulliste, mais ils ont trouvé le portail fermé. Se sentant «méprisés», ils ont tout de même pénétré dans la cour du centre courrier avec les usagers, puis dans le bâtiment. Ne pouvant s’adresser à la direction ni remettre les documents, ils ont tenté un échange avec les cadres présents. «Nous sommes là dans une démarche de concertation, l’attitude de la Poste est humiliante. Vous rendez-vous compte des efforts que font les collectivités pour maintenir les services
publics sur le territoire ?», leur a adressé Dominique Grador. Face à leur mutisme, le groupe a fait demi-tour. Finalement, les pétitions ont été remises à la directrice des ressources humaines à Limoges.

Karène Bellina


Usagers, faites-vous entendre

La CGT-FAPT invite les usagers qui observent des problèmes de distribution à se regrouper (par quartier ou par commune par exemple) et à saisir la direction de la Poste pour exiger un service de meilleure qualité.

     

Rassemblement autour de Sylvie, factrice mise à pied pour avoir voulu rendre service