Soumis par Rédaction régionale le mar, 27/08/2019 - 22:53

L’Angèle de Flutaret, un destin de « bacha posh » à l’envers…
Jean-Michel Auxiètre (Partie 2, suite et fin)

A la fin du XIXe siècle, en notre beau pays marchois, une jeune fille aurait donc connu un destin de « bacha posh » ?
Les maçons creusois de l’époque ont fait des gorges chaudes de ce fait divers peu commun, qui donna naissance à une chanson. Ils la fredonnaient volontiers du haut de leurs échafaudages, sur l’air de La valse brune. Cette légèreté, que j’approuve, n’exclut pas, bien au contraire, le sérieux du précédent questionnement. Voici donc les paroles de L’Angèle de Flutaret (auteur anonyme) :
1 – C’est sur les bords de la rivière Leyrenne, / Dans un moulin du nom de Flutaret, / Qu’il s’est passé, on le croirait à peine, / Un vrai roman, et c’est pas du chiqué. / Ce qu’on croyait être une jolie fille, / Tant par sa taille que par ses beaux nichons, / Etait un gars qu’obligeait sa famille / A porter des jupons – Refrain 1 : Ah ! ma pauvre Angèle, / Quelle déception cruelle / Que d’aller prendre la truelle / A Paris sur les chantiers ! / T’étais plus heureuse / Lorsque t’étais repasseuse / A Janaillat, dans la Creuse, / Non loin de Saint-Dizier.
2 – Quand elle eut fini son apprentissage, – Certain jeune homme osa s’en approcher. / La connaissant particulièrement sage, / A sa famille il vint la demander. / La p’tite Angèle dégoûtée par son sexe, / Attirée sans doute par le pantalon, / Dit : « Ce jupon que j’ai là, ça me vexe, / Car je suis un garçon. » - Refrain 2 : « Je veux une culotte, / C’est cet habit qui me botte, / Le seul sous lequel on dégotte / Bien mieux que sous ces jupons. / J’veux plus de ces dentelles / Que j’portais pour être belle, / J’veux plus qu’on m’appelle Angèle, / Vive la vie de garçon ! »
3 – C’est à son oncle qu’elle raconta l’histoire, / En lui disant qu’ça n’pouvait plus durer. / Elle en avait, ça c’était bien notoire, / A un médecin elle pouvait les montrer ! / L’examinant, l’docteur, d’un air sévère / Lui dit : « Comment a-t-il pu arriver / Que vos voisins, vos parents, votre mère, / N’aient rien pu constater ? » / Refrain 3 : « Vous n’êtes pas une fille, / Bien que vous soyez gentille, / Filez, qu’on vous déshabille, / Et cela promptement ! / Partez à Augères, / Dites à votre couturière / Que vos robes de naguère / Sont de reste maintenant ! »
4 – Là se finit cette aventure cocasse. / La fille mâle a disparu des lieux. / Elle reviendra, car elle est de la classe, / L’major verra si elle en a bien deux. / De Flutaret, elle a gagné la ville, / Cherchant ailleurs un pays plus clément.  / Sans une larme elle quitta sa famille, / Cause de tous ses tourments. / Refrain 4 : Reprise du refrain 1.